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Opinions of Monday, 18 July 2016

Columnist: Vincent-Sosthène FOUDA

Le loup est dans la gorge de Maurice Kamto

Nous sommes comme plongés dans l'obscurité, partout où l'on regarde, l'ombre gagne. L'un après l'autre, les foyers s'éteignent les médias jouent aux castrateurs, les coups pleuvent en dessous de la ceinture, le cercle d'ombre se resserre et les cris d'hommes, des hurlements de fauves sont étouffés.

Pourtant nous sommes, j'en suis persuadé, une majorité dans ce pays à dire non au triomphe de l'ombre, nous savons que le salut du Cameroun dépend de nous aussi, que ce pays oui ce pays a besoin de n'importe lesquels d'entre ses fils.

Qu'il y a-t-il donc ? Un article dans le confidentiel La lettre du contient n°641 dans sa rubrique « pouvoir et réseaux » du 30 août 2012, «Kamto dans les griffes de l'Epervier ? » Fréderic Lejeal écrit :

« En poste auprès de l'ex garde des sceaux et actuel vice-premier ministre chargé des Relations avec le Parlement, Amadou Ali, Maurice Kamto a été, ces dernières années, l'artisan de la réforme de l'appareil judiciaire camerounaise. Or, cette dernière dotée d'un budget de quelque 60 millions d'euros [39 millions fcfa, ndlr] a été pilotée de bout en bout par le Cabinet Brain Trust Consulting Inc., dont le Dg n'est autre que... Kamto lui-même! Un conflit d'intérêt que le palais d'Etoudi ne devrait pas tarder à agiter. Selon nos sources, une procédure judiciaire serait même en préparation par l'actuel ministre de la justice, Laurent Esso, et son ministre délégué, Jean-Pierre Fogui. » Le quotidien Mutations sous la plume de Georges Alain Boyomo rédacteur en chef écrira sur la base de cette publication le 3 septembre 2012 un article sur le sujet : « L'épervier plane-t-il sur Kamto » ?

L'affaire a donc fait les belles pages dans la presse écrite sans pour autant émouvoir ni la classe politique camerounaise ni le peuple empêtré dans ses problèmes de survie au quotidien. Mais le 2 décembre 2012, le Professeur Maurice Kamto accepte une invitation de David Atemkeng dans l'Arène de Canal2 international - répondant à une question d'un journaliste dès la 46ème minute sur une émission qui mettra 1h53 et 28 secondes, temps plus jamais égalé pour cette émission, Maurice Kamto bafouille, bégaie et dit : « Je vais vous dire ce que Brain Trust a gagné comme marché, le cabinet Brain Trust a gagné un marché d'élaboration pas de toilettage mais d'élaboration d'un code civil, d'un code de procédure civil et de refonde du code pénal camerounais ». Maurice Kamto prend 34 secondes pour le dire. Puis il va dans le registre qui sera le sien dorénavant et qu'il inaugure le 9 janvier 2014 chez Thierry Ngongang lors de l'émission Entretien avec... .

Celui de l'homme qui a assisté à l'exécution d'Ernest Ouandjè A Bafoussam alors qu'il était encore élève au Lycée de la localité. Oui il est le jeune élève à qui l'on demande de descendre d'un car de transport en commun parce qu'il n'a pas de laisser-passer pour aller en vacances à Baham. Mais le professeur peine à parler de ses actions aux gouvernements, de ses responsabilités, de ses amitiés avec un certain nombre de personnalités en activé ou tombées en disgrâce : c'est le cas de Jean-Marie Atangana Mebera et de Paul Fokam Kamongne. Ce sont ces hésitations, ces balbutiements qui vont alerter l'opinion, qui vont conduire certains à fouiller un peu plus.

Voici ce que dit de lui un de ses anciens employés Serge Alain Godong, dans un portrait que lui dresse le journaliste Alex Siewé pour Jeune Afrique le 5 janvier 2005 après son entrée au gouvernement du 8 décembre 2004 : « Il pouvait débarquer, après une longue absence, chargé de tous les numéros parus, avec des notes à chaque ligne. Il déroulait alors sa critique de façon implacable, toujours dans le but de bonifier le journal ». Alex Siewé décrit donc un homme d' « une rigueur qui frise la rigidité, un humour féroce et un talent oratoire qui laissent peu de place aux autres et ne poussent pas toujours à la sympathie envers lui. » Pourquoi cet avocat si éloquent, à la rhétorique au-dessus de la moyenne perd-il tout son latin dès qu'il s'agit de parler du contrat de Brain Trust Consulting avec l'Etat du Cameroun ?

Pourquoi Maurice Kamto n'est pas capable de présenter le contrat qui lie son cabinet à l'Etat du Cameroun ? Dans un document des actes du Cameroun Business Forum nous retrouvons une communication du Vice premier ministre en charge de la Justice et de garde des sceaux monsieur Amadou Ali - nous publions ici en intégralité cette communication.

Nous savons donc que le contrat qui lie Brain Trust à l'Etat du Cameroun porte sur « l'élaboration d'un Code civil et commercial, d'un Code de procédure civile et commerciale bilingue d'inspiration romano germanique et du Common Law élaboré en même temps que la réforme du Code pénal. » Sur la base du même document il est aisé de constater que Brain Trust n'était sous contrat avec le gouvernement camerounais avant l'entrée de son président Maurice Kamto au gouvernement. Nous reproduisons ici un échange digne d'intérêt pour la compréhension de la frilosité qui habite cet « Intellectuel réputé pour son indépendance d'esprit, juriste respecté » :

A- question directe et précise, réponse poussive, semi-agressive et ambiguë. La question, la voici: «Monsieur le président: le mensuel confidentiel La lettre du continent vous a épinglé, dans une de ses récentes parutions, d'avoir profité de votre position de ministre délégué auprès du ministre de la Justice pour influencer l'attribution du marché, estimé à plusieurs dizaines de milliards FCFA, d'implémentation du nouveau code de procédure pénal au cabinet juridique Brain Trust Consulting, dont vous êtes le fondateur. Vous rendant par-là coupable du crime de délit d'initié. Petit a: cette information est-elle fondée? Petit b: Comment comprendre votre étrange mutisme face à une accusation aussi grave?». La réponse de Maurice Kamto est un chef d'œuvre d'amalgame. De victimisation aussi: «Je connais bien le Cameroun. Je sais qui émarge où et pour quels services. Ceux qui alimentent la Lettre du Continent au Cameroun sont bien connus de moi. Rien ne va me distraire. N'attendez pas que je rentre dans ce type de polémique. Vous m'interrogez sur mon silence depuis lors, sachez que je ne suis pas friand des plateaux de télévision. Je ne réponds pas aux rumeurs.» Cet entretien est reproduit sous la plume de Thierry Djoussi dans l'édition de La Météo du 1er octobre 2012.

Le cabinet Brain Trust Consulting inc, a un package de 18 marchés avec le ministère de la justice sous le règne de Maurice Kamto mais aussi des marchés-séminaires comme celui relatif à « l'exégèse du droit d'auteur au Cameroun ».

Pourquoi donc tant de contradiction entre les documents ici présentés et les déclarations publiques du ministre, avocat directeur général de Brain Trust Consulting ? Pourquoi fournir à l'analyse publique un appel d'offre en lieu et place du contrat ? Car la supercherie est grande comme vous pouvez le voir dans le document suivant en parfaite contradiction avec les déclarations de Maître Maurice Kamto.

Le document que nous avons sous les yeux est révélateur à plus d'un titre de l'esprit de dissimulation et de manipulation qui habite le président du MRC Maurice Kamto. Est-ce cet esprit que la journaliste Armelle Nga qualifie de « méticuleux » ? Le document ici est un appel d'offre pour le recrutement d'un « cabinet de consultation chargé de l'actualisation du Code, de l'élaboration d'un code civil bilingue et d'un code de procédure civile et commerciale bilingue, tenant compte du système bijuridique camerounais inspiré du droit romano-germanique et de la common law. » Montant du marché 89 258 625 FCFA.

Autrement dit Brain Trust sur ce contrat est recruté comme agent devant présenter au bout de 20 semaines un cabinet au gouvernement camerounais, pouvant faire le travail demandé.

Maurice Kamto et Brain Trust Consulting vont non seulement présenter un cabinet au gouvernement et empocher les 89 258 625 FCFA mais mieux ils sont le cabinet qu'ils présentent au gouvernement et empoche alors un package de 14 milliards. Les documents que nous fournissons ici sont là non pas pour culpabiliser celui que « ... son ami Jean-Marie

Atangana Mebara, secrétaire général de la présidence de la République, fait nommer doyen à la faculté des sciences juridiques et politiques de Soa. » Maurice Kamto n'a peut-être rien inventé ici en matière de passation de marchés publics où très souvent ce sont les épouses et les sociétés écrans des gestionnaires de crédit qui réalisent les marchés mais il serait malhabile de ne point reconnaitre que Brain Trust Consulting n'a pas gagné le marché « du toilettage du Code pénal... » Il a gagné le marché de trouver un pénaliste pour le faire, Brain Trust s'est attribué ce marché de gré à gré là est le crime. Absoudre Maurice Kamto au nom de la solidarité de l'opposition c'est abdiquer, c'est confirmer le triomphe d'un clan sur la majorité de la population. Non ne nous trompons pas de combat, nous avons choisi de servir le peuple et non des intérêts particuliers, nous ne devons donc pas nous moquer du peuple. Ce qu'un homme a semé, il le moissonnera aussi. Celui qui sème pour sa chair moissonnera de la chair la corruption pourquoi il en sera différent pour le Prof. Maurice Kamto ?