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General News of Thursday, 11 April 2019

Source: Camerounweb.com

Pascal Magnaguemabé, le célèbre juge payé en monnaie de singe

Il est devenu le célèbre juge du Cameroun grâce à L'Albatros, la sulfureuse affaire judiciaire qui a impliqué d'éminentes personnalités du Cameroun qui se retrouvent aujourd'hui à Kondengui. Pascal Magnaguémabé en est l'artisan.

Mais le très proche juge de Paul Biya sera quelques années plus tard payé en monnaie de singe pour sa forte dévotion aux desiderata de Paul Biya. Il a été révoqué de la magistrature en 2017 pour une affaire d' «extorsion de procurations à des dames héritières d’une succession, appropriation d’une partie des fonds et vente d’une partie de caféière de la dicte succession».

Dans son livre "L'avion du président: Enquête sur un scandale d'Etat", le lanceur d'alerte, Boris Bertolt retrace les grandes lignes et redorent les petits détails d'une affaire qui fait couler encore la sueur et le sang au Cameroun.

Extrait:

Ce feuilleton peut partir d’un juge d’instruction qualifié par la presse locale comme « le juge le plus célèbre de l’Opération Epervier ». Il s’agit du juge d’instruction de l’époque Pascal Magnaguemabé. C’est lui qui a principalement auditionné la plupart des acteurs impliqués dans ce dossier. A la prison centrale de Yaoundé à Kondengui, certains détenus l'ont surnommé «La terreur». Au parquet, même les vendeurs d'imprimés confessaient avoir du mal à s'approcher de son ancien bureau, qui était situé dans un bâtiment du tribunal de grande instance du Mfoundi surnommé «Guantanamo», du nom de la célèbre prison américaine pour terroristes basée sur le territoire Cubain. Son chef de sécurité, son chauffeur et sa secrétaire constituaient l'essentiel de son équipe de travail.

Haut d'environ 1,70m, ce quinquagénaire, ancien vice-président du Tribunal Militaire de Yaoundé, était «un homme redouté», souffle une source au Tgi. Pas pour sa fonction, mais parce qu'il était au cœur de l'«Opération épervier». C'est lui qui a instruit les dossiers de Jean-Marie Atangana Mebara, ancien Secrétaire Général à la Présidence de la République, d'Ephraïm Inoni, ancien Premier ministre, Marafa Hamidou Yaya, ancien ministre de l'Administration territoriale, Jérôme Mendouga, ancien ambassadeur du Cameroun aux Etats-Unis, Yves Michel Fotso, ex-administrateur directeur général de la Camair et Pdg de la Commercial Bank of Cameroon (Cbc), Titus Edzoa, ancien secrétaire général à la présidence de la République et l'homme d'affaires Thierry Michel Atangana. Il a contribué à la formation de ce que l'opinion publique désigne aujourd'hui comme le «gouvernement carcéral» de Kondengui. Et il semble s'en vanter. «Quand je suis entré dans son bureau, il m'a demandé si je le connaissais. J'ai répondu par la négative, et il m’a dit : "Moi, je mets les ministres en prison comme je veux"» , confie une victime de ses décisions.

Rien ne prédestinait pourtant ce ressortissant de l'arrondissement de Ndikinemeki, dans le Mbam-et-Inoubou, à un tel destin. En effet, Pascal Magnaguémabé est un produit de l'Ecole Nationale d'Administration et de Magistrature (Enam) de Yaoundé, promotion 1985. Dans le livre d'or de cette prestigieuse institution, édité en 2008, son nom pointe au 45ème rang sur un effectif total de... 45 élèves. Parmi ses camarades de promotion, on peut citer Michel Ange Angouing, actuel ministre de la Fonction Publique, (41ème rang) et un certain Yap Abdou (18ème), chargé de mission à la Présidence de la République, nommé Président du Tribunal Criminel Spécial à Yaoundé par Paul Biya au terme d’un Conseil supérieur de la magistrature qu’il a tenu en avril 2012.
«Enamarque» frais émoulu, Pascal Magnaguémabé est affecté à Mbanga, puis à Douala avant d'être muté à Yaoundé. Très vite, il connaîtra ce qu'il considère, selon ses proches, lui-même comme «une affectation disciplinaire» à Mora. D'après des confidences récemment révélées par Marafa Hamidou Yaya, dans sa lettre de récusation de ce juge en avril 2012, l’affectation de Pascal Magnaguemabé faisait suite à sa gestion d'un dossier concernant un litige foncier lié à la succession de l'ancien ministre Mohaman Lamine. Dans cette affaire, le Juge Magnaguémabé aurait tranché en défaveur du proche d'un haut magistrat originaire du Nord. Ce qui lui a valu son affectation à Mora. Toujours selon M. Marafa, c'est Amadou Ali, alors vice-Premier ministre en charge de la Justice, qui le ramènera à Yaoundé comme substitut du procureur.

Très vite, l'ancien garde des Sceaux, qui a une confiance absolue en son «poulain», commence à lui confier les dossiers les plus délicats de la justice camerounaise. L'un des premiers fut l'affaire Titus Edzoa, du nom de l'ancien secrétaire général de la présidence de la République incarcéré depuis 1997 au secrétariat d'Etat à la défense (Sed) pour détournements de deniers publics. Dans cette affaire, Pascal Magnaguémabé - un nom qui, en banen (sa langue maternelle), signifie «la mauvaise huile de palmiste» - crée un tollé dans le sérail. Le 23 octobre 2008, ce juge instructeur rendra courageusement une ordonnance de non-lieu partiel.