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Opinions of Friday, 20 January 2017

Columnist: Célestin Bedzigui

Pourquoi les 'francophones' doivent soutenir la revendication anglophones

" Le Peuple Camerounais tout entier et la classe politique nationale doivent comprendre les raisons du ‘’struggle’’ de nos compatriotes d’ expression anglaise et celles de leur souhait de voir restaurer la forme institutionnelle du fédéralisme qui a été agréé entre la Republique du Cameroun et le Southern Cameroon a Foumban en 1961 entre Ahidjo et Foncha"
Les organisateurs de la Tripartite de 1991avaient prévu la tenue d’une deuxième Tripartite. Je parle sous le contrôle de l’ancien Premier Ministre Sadou Hayatou avec qui, en tant que Chef de file des partis politiques modérés, j’avais eu plusieurs entretiens pour la préparation et pendant le déroulement de ces assises. Parmi les préoccupations exprimées par les différents intervenants originaires de l’ex-Southern Cameroon, la ‘’question anglophone’’ revenait sans cesse. Je garde en mémoire le leader d’un parti, le CPC basée dans le South West qui, après son passage a la tribune, avait quitté les travaux, estimant que tout autre sujet n’avait a ses yeux aucune importance par rapport a celui la. En fait, le Premier Ministre Hayatou avait privilégié l’urgence du moment qui était de faire redémarrer un pays paralysé par les ‘’villes mortes’’ depuis près de cinq mois. Il avait dû, pour convaincre les partis politiques à prendre part aux travaux, accepter que ceux-ci portent sur la définition de nouvelles bases constitutionnelles et d’organisation des élections. C’était en fait une manière de plancher sur les thèmes même qui auraient été ceux de cette Conférence nationale réclamée par la Coordination des Partis d’Opposition. Ce faisant, nous contournions ainsi un apothème énoncé quelques mois plus tôt par le President Biya pour qui la ‘’Conference nationale était sans objet’’.

Les travaux s’était achevé par la signature d’ un ‘’Package Deal’’, un Pacte Républicain signé par les cinq cent participantes et portantes recommandations des dispositions et mesures à inscrire aussi rapidement que possible dans la Constitution. De 1991 à 1996, le Président Biya mis cinq ans à faire opérer cette transcription dans la Constitution pour ensuite, en violation de ce Pacte, entamer la déconstruction du ‘’Package Deal’’ en ramenant le mandat présidentiel à sept ans et en levant la limite a deux des mandats présidentiels.

Il sera fait de meme de la deuxième Tripartite dont l’idée sera abandonnée avec le remplacement a la Primature de Sadou Hayatou par Achidi Achu, alors que celle la aurait permis de se pencher sur les sujets relevant de ce qu’ au cours d’ une conversation avec le Premier Ministre nous avions désigné sous le label de ‘’ contentieux historique’’. Vider le ‘’ contentieux historique’’ aurait portee a engager une conversation sur ‘’la question anglophone’’, sur la ‘’mémoire des 500 000 nationalistes morts pour le Cameroun’’ et qui au lieu d’être consacrés ‘’martyrs’’ continuent d’être appelés ‘’ terroristes et maquisards’’ dans la terminologie consacrée par le discours officiel, sur le rapatriement des corps du President de l’UNC, Ahmadou Ahidjo, du President de l’UPC, Félix Moumie.

Malheureusement, comme il en a été de la violation du ‘’Package Deal’’ dont l’une des dispositions prescrivait la Décentralisation, toujours attendue depuis 25 ans, le régime en place, fidèle à sa manière, n’a pas favorisé la matérialisation de cette seconde Tripartite qui aurait permis de se pencher sur ce que certains appellent le ‘’ problème anglophone’’. Une telle posture proactive aurait permis d’éviter la crise actuelle provoque par le déni et le manque d’écoute qui emble être pour ce régime les marques de sa toute puissance.



Le mantra de la crise actuelle

Aujourd’ hui, l’Histoire nous rattrape. Le Peuple Camerounais tout entier et la classe politique nationale doivent comprendre les raisons du ‘’struggle’’ de nos compatriotes d’ expression anglaise et celles de leur souhait de voir restaurer la forme institutionnelle du fédéralisme qui a été agréé entre la Republique du Cameroun et le Southern Cameroon a Foumban en 1961 entre Ahidjo et Foncha. Il s’agit de la revendication de nos compatriotes de l’ex-Southern Cameroun d’avoir un système de Gouvernance compatible avec leur héritage historique et culturel.

Disons pour évacuer un argutie fréquent que les réclamations corporatistes du début du mouvement ne faisaient que refléter les multiples facettes du problème politique unique qui a été créé par les manœuvres de 1972 et 1983 dont le résultat final est ahurissant lorsqu’est fait le constat que le pays est parti de la dénomination ‘’la République du Cameroun’’, Etat indépendant le 1er Janvier 1960 pour revenir de nos jours à la même dénomination ‘’la République du Cameroun’’ après deux brèves escales à la Republique Fédérale et à la Republique Unie, comme si au passage, la composante Southern Cameroon avait été tout simplement avalée par la Republique du Cameroun. Si tel est le cas, nous serions devant … une manœuvre dolosive et léonine pour effacer toute trace qui attesterait que le pays est né du rapprochement de deux composantes.

En politique et en histoire, l’essentiel est dans les symboles et les traces. En ayant si grossièrement effacé les symboles et les traces qui rendaient compte de l’existence de l’autre composante du triangle nationale, et fait plus grave, en imposant a cette partie du Cameroun une gouvernance éducative et juridico-légale différent de ses traditions et pratiques, et ce depuis des années, le régime arrogant des fonctionnaires de Yaounde a exacerbe la sensibilité de nos compatriotes de l’ Outre Mungo a un problème largement connu. Le mantra du grave problème qui ébranle les fondements du pays tient donc d’une gouvernance incompétente et frappée au coin par l’inexpérience dans la recherche de solutions.

Tant d’un point de vue légal, historique que politique, la revendication d’un retour au fédéralisme des ex-Southern Cameroonian sest fondée. Elle doit être satisfaite. Les populations francophones et les partis politiques doivent y apporter un soutien total par les voies légales et évitant toute forme de violence. Nous devons garder à l’esprit que le retour dans le giron national de cette composante de notre communauté nationale a été obtenu à l’issue d’une guerre …politique que ces compatriotes ont mené contre des personnes qui voulaient un rattachement au Nigeria. N’auraient ils pas livré et gagné cette guerre que nous aurions perdu cette partie du territoire national, comme le Togo a perdu le Togoland et nous meme avons perdu le Northern Cameroon. A cet égard, la communauté nationale leur doit une dette d’Histoire et un traitement attentionné.

L’ultracentralisation comme mère de la mal-gouvernance au Cameroun

La gestion maladroite dans le temps de la relation institutionnelle entre les deux parties de notre pays a révélé à travers la crise actuelle les dégâts que l’ hypercentralisation du pouvoir cause au Cameroun. La mal-gouvernance qu’elle révèle ne cause pas de dégâts au seul Southern Cameroun, mais dans l’ ensemble du pays.

La seul manière pour régler ce problème de gouvernance est de transférer une part très importante de la gestion de l’ espace public au pouvoir local disposant d’ une légitimité dont la contre-partie est un contrôle de proximité de ses activités. La marque la plus flagrante de l’ hypercentralisation est la ‘’ milliardisation’’ au vue de tous de certains ministres et de certains hauts fonctionnaires, par des prélèvements massifs des ressources de l’Etat ou de la marchandisation de leurs signatures et visas.

La fédéralisation de l’ensemble du pays est l’instrument indiqué pour démanteler le complexe de prédation du système ultra centralisé. C’est par la fédéralisation extensive que les populations pourront se réapproprier la prise en charge de leur vie, et participer à l’élection des gouverneurs et maires dans les Etats fédérés s’appuyant sur une technostructure rattachée aux Etats et échappant à tous les favoritismes dans lequel le pouvoir centralisé à Yaoundé s’illustre par le favoritisme et le népotisme.

Comme nous avons eu à le dire, la fédéralisation du pays devra s’appuyer sur la continuité géographique et l’homogénéité culturelle. Une telle approche peut donner lieu à la creation de quatre ou cinq Etats Fédérés avec Yaounde et Douala érigés en Régions Spéciales. La question de la rétrocession ou du transfert du personnel entre la fonction publique fédérale et la fonction publique des Etats fédérés se fera sur une base de négociation entre Etats suivie de la consultation des agents concernés.

Les Etats fédérés seront caractérisés par une communalisation intensive et une gestion territoriale adossée sur la légitimité des gouverneurs élus, des maires élus; la représentation des populations sera basée un système bicaméral comportant une assemblée d’Etat élue et une Chambre de Chefs Traditionnels. L’Exécutif de l’Etat Fédéré comprendra six membres nommés par le Gouverneurs confirmés par l’ Assemblée de l’Etat et ayant en charge la production , les infrastructures, l’ éducation , la justice , la sante, le commerce.

L’Etat Fédéral aura comme prérogatives la Monnaie, la Défense, les Relations Extérieures, les Infrastructures Stratégiques, les Voies de Communications inter-états, les normes et systèmes de santé et de couverture sociale, la gestion de la péréquation des ressources de l’Etat. Le gouvernement de l’Etat Fédéral comptera moins de dix membres. Cette transformation structurelle entrainera la suppression de préfets, des sous-préfets et autres délégués, toutes fonctions qui ne se justifient que par l’esprit du jacobinisme.

Grace à une gestion expurgee de la corruption du fait du contournement de la haute administration de Yaoundé, l’objectif sera de maintenir le coût de fonctionnement de l Etat en dessous de 12% du PIB , ce qui autorise à ramener le taux de l’ imposition totale des sociétés à 20% contre 30% à l’heure actuelle, ce qui est une incitation à un afflux massif des investissements directs étrangers, ce qui se répercutera sur la croissance et se traduira par une baisse significative du chômage. De fait, contrairement à ce que certains déclarent, par les effets correcteurs qu’il aura sur la corruption parce qu’une administration de proximité est plus surveillée et contrôlée, la fédéralisation du pays sera un facteur de relance de l’économie.

Une seconde Tripartite pour engager une fédéralisation revitalisante sur tout le pays

Les initiatives du Gouvernement Yang pour régler la crise en cours a étalé l’inexpérience de ses envoyés, croyant que les parades ministérielles fondent la crédibilité du Gouvernement ; elles ont plutôt fait douter de l’autorité de l’Etat. L’ampleur de la transformation institutionnelle qui sera nécessaire pour régler la crise en cours dans l’ex- Southern Cameroun et démanteler le système ultra jacobin de Yaounde nécessite que soit inventé un modèle où l’empathie est combinée à l’expérience des maitres d’œuvre de la négociation, en associant une audience élargie à la classe politique et à la société civile et . Une telle plateforme suggère que soit repris l’ idée de cette deuxième Tripartite que ce régime a voulu occulter. Et comme pensé en sont temps, l’agenda de ces assises sera de vider le ‘’contentieux historique’’ tel qu’évoqué plus haut, lui qui encombre le subconscient collectif et entretient des blocages qui plombent notre pays.

L’un de ces blocages à lever serait la question de savoir pourquoi l’alternance au sommet de l’Etat du Cameroun doit- elle être considérée comme une éventualité épouvantable ? Ahidjo était ‘’ Haoussa’ comme dit le petit peuple, Biya est Fang-Beti Boulou ; pourquoi l’éventualité qu’un de nos compatriotes désigné comme un anglo- bami soit un jour Président de la Republique est présenté par certains comme un apocalypse que l’on soutient avec les fantasmes conspirationistes les plus délirants.

Cette deuxième Tripartite devra aider à changer la mentalité des Camerounais. Le Cameroun doit être un pays de citoyens égaux en droits et en devoirs, chacun pouvant accéder à toutes les fonctions. Plutôt que de penser que les Camerounais peuvent encore être impressionnés par ses ‘’ ministres’’ qui de manière manifeste ont perdu toute crédibilité aux yeux des populations, le régime doit travailler à élaborer une formule sérieuse de sortie de crise qui épargnerait le pays d’une épreuve de plusieurs mois identique à celle vécue dans les années 90.