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General News of Monday, 25 November 2019

Source: camerounweb.com

‘Si j’ouvre la bouche, Paul Biya va démissionner’

Au pouvoir au Cameroun depuis 37 ans, le Chef de l’Etat Paul Biya cacherait plusieurs secrets qu’il serait prêt à protéger au prix de sa vie à en croire plusieurs de ses proches collaborateurs.

David Saint Yves Ebalé Angounou un de ceux-ci a d’ailleurs commis un ouvrage dans laquelle il livre quelques secrets sur la « vie sombre » du locataire d’Etoudi.

Intitulé « Sang pour Sang », la publication de l’ouvrage a été interdite au Cameroun et son auteur en a payé le prix fort comme lui-même il l’a indiqué en introduisant le livre. Extrait…

En publiant "Sang pour Sang", il va de soi que je suis sur le chemin de l'Exil. Devrais-je en pleurer ou m'en réjouir? L'exil, de nombreux Camerounais y ont goûté avant moi; déjà avec la première République. Certains n'en sont jamais revenus, par option ou par contrainte. D'autres, plus heureux, ont pu effectuer un retour au bercail. Je pense plus particulièrement à mon frère Abel Eyinga. Le Président Ahidjo de par ses méthodes totalitaires et extrémistes, avait amené bon nombre de Camerounais à quitter leur pays pour des raisons de sécurité, parce qu'ils sentaient leur vie menacée.

Avec l'arrivée de Biya, un homme d'une toute autre culture, on a attendu de grands changements. D'ailleurs de nombreux exilés sont rentrés au pays en ayant fait foi au discours du Président. Je pense ici au Père Jean-Marc Ela, figure emblématique de l'idéologie au Cameroun, en exil. La fuite des intellectuels constitue une hémorragie telle que le pays se vide de plus en plus de ses valeurs. Mais il n'est guère plaisant de partir. Même lorsque cela semble être une nécessité vitale, il y a toujours au fond de nous quelque chose qui nous pousse à rester, qui nous force à revenir; quelqu'un, un souvenir, un sentiment etc. ... Seulement, par instinct de survie on se doit de partir, comme dans mon cas.

Mon nom est Ébalé Angounou. Je suis Camerounais âgé de 39 ans au 27 mai 2001. Je refuse d'être traité d'opposant au régime de Paul Biya car, je n'en suis pas un. Je m'oppose plutôt aux pratiques auxquelles il se livre pour se maintenir au pouvoir. C'est d'elles qu'il est ici question; je les exprime sans passion, en veillant à dissocier la narration de mes états d'âme et de mes sentiments personnels. Dans les rangs de l'opposition, je compte de nombreux amis dont je suis fier, de même que j'en compte dans le cercle des amis intimes de Paul Biya dont je fus un membre.

Considéré comme un défecteur en 1991, j'ai été emprisonné dans le pénitencier de Kondengui à Yaoundé sous de fallacieuses accusations qui m'ont valu d'être condamné à trente mois de prison. Je garde encore des séquelles de cette affreuse détention exceptionnelle. C'est en étant dans ces conditions que j'ai publié mon tout premier ouvrage "Paul Biya, le cauchemar de ma vie", édité par Le Messager de Pius Njawé en octobre 1992. Bien entendu, la vente et la circulation du livre furent interdites au pays. Il ne put passer alors que sous le manteau. A plus que Pilate, qui n'était que Gouverneur, il y a Paul Biya, qui est chef d'Etat, donc doté de plus grands pouvoirs qu'un Gouverneur, fût-il Ponce Pilate. "Qui donc me condamnera de prendre la vie de qui je veux, ou de donner la vie à qui je veux? Pas Jésus-Christ en tout cas, et encore moins Dieu." (Paul Biya, extrait d'une correspondance particulière).

Dans mon pays, je suis la cible des dirigeants, qui n'ont de cesse à me tenir à l'œil, attendant le moindre faux pas de ma part, pour avoir l'occasion de me renvoyer à "Yuma". Tout est parti de cette interview par moi accordée au journal "Le Messager" en juin 1991, alors même que j'étais devenu l'un des personnages les plus médiatisés du pays. J'avais alors menacé d'étaler tous les "petits secrets" du Président de la République, par une déclaration plutôt innocente, mais lourde de conséquences: "Si j'ouvre la bouche, le chef de l'État va démissionner."

C'est ici que j'ouvre la bouche. Je n'attends pas de lui une démission mais je présume déjà de ses réactions. C’est pourquoi j'ai dû auparavant prendre le large. Depuis que je suis présenté comme un danger pour lui, je suis attentif à tout ce qui se passe autour de ma présence en certains milieux, mon nom créant très souvent des susceptibilités parfois difficiles à gérer, dans un pays où toutes les institutions sont à la solde d'un parrain qui ne dit pas son nom. À quoi peut donc s'attendre d’un citoyen qui a eu maille à partir avec le chef de l'Etat?

Si je suis encore vivant dans mon pays après tout ce que l'on m'a fait subir, c'est bien par la grâce de Dieu. Je m'étais juré de ne plus me jeter dans un genre de littérature. Mais je n'ai pu tenir parole. Je ne m'en plains pas, parce que j'estime qu'il a fallu le faire. On ne saurait être complice de ce genre d'homme, de ce genre de pratiques, en gardant le silence. Il est certain que ce livre sera interdit au Cameroun, et que bien de personnes subiront les assauts farouches de la sécurité du Président.

Amies lectrices, Amis lecteurs, libre à chacun de se faire une opinion après lecture de cet ouvrage. Cela ne change rien à mon sort, car même dans mon exil, je vais devoir m'attendre à tout. J'ai connu Jeanne-Irène, cette femme que je vénérais presque. J'ai aussi connu Roger Motaze, ce brillant officier. Tous nous avons été victimes de Paul Biya, à la différence que moi je suis encore vivant pour témoigner et rendre hommage à leur mémoire. À mes enfants, à mes parents, frères et sœurs, à mes amis et à tous ceux qui ne comprendront pas les raisons de cet acte suicidaire, j'exprime ma profonde sympathie.