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Business News of Tuesday, 12 March 2019

Source: le jour n°2889

Agriculture: le sorgho devient de l’or

Cette céréale n’est plus seulement la nourriture de base, elle est devenue une source de richesse pour les paysans du Nord et de l’Extrême-Nord. le mil ? » Ces questions arrachent un sourire à Mme Kouryana Tapade Nami, une agricultrice installée à Garoua dans la région du Nord.

« Le sorgho et le mil c’est la même chose », répond-elle après avoir étouffé un second rire. En face, son interlocutrice semble faire la découverte des petites graines rouges, jaunes ou blanches exposées dans le stand.

Le sorgho se donnait ainsi à voir et à découvrir pour la première fois auprès de plusieurs personnes venues au Palais des Congrès de Yaoundé lors du dernier Salon Promote.

« Beaucoup de Camerounais du Sud ne connaissent pas le sorgho. Pourtant, c’est notre nourriture de base, nous les ressortissants de la partie septentrionale, surtout des régions du Nord et de l’Extrême Nord », soutient Mme Kouryana.
Mieux, le sorgho est l’une des cultures développées par le Projet d’investissement et de développement des marchés agricoles (Pidma), une initiative lancée en mars 2013 par le gouvernement du Cameroun et la Banque mondiale.

Depuis lors, cette céréale a cessé d’être une culture de subsistance pour devenir une source de richesse pour des milliers de paysans désormais regroupés en coopératives agricoles. Ils sont 3 008 agriculteurs au sein de la coopérative Cropsec (Conseil régional des organisations paysannes de la partie septentrionale du Cameroun).

Quant à la coopérative Sococcen, elle compte 910 membres dans la région du Nord. Les affaires sont meilleures terre depuis que le sorgho est vendu à la société brassicole Guinness Cameroun. Cet agrobusiness a signé des contrats avec plusieurs coopératives qui reçoivent des commandes avant même de produire. Les producteurs ont ainsi accès à une débouchée sûre et rentable, puisque le prix est fixée d’accord parties : 210 000 FCFA la tonne de sorgo nettoyé.

Pour entrer en partenariat avec la Guinness, les paysans devaient accroître leurs rendements et assurer un niveau de production stable. D’où l’importance du Pidma à leurs côtés.

Réunis en coopératives, ils ont monté des plans d’affaires qui ont ensuite été financés par le biais des subventions du Pidma et des crédits bancaires contre un apport de 10% des coopérateurs.

Ainsi, quatre coopératives de sorgho ont été financées avec des business plans nécessitant des montants compris entre 74 et 365 millions F.Cfa. Deux autres organisations ont soumis leur plan d’affaires à examen. A travers sa subvention, le Pidma apporte divers appuis aux paysans : formation en organisation et gestion d’une société coopérative, fourniture des semences améliorées et des engrais ou encore accompagnement technique via des experts.

C’est de la filière sorgho que viennent les deux coopératives ayant reçu les plus grandes infrastructures jamais fournies par le Pidma à une organisation de producteurs agricoles. En effet, Sococcen et Cropsec ont bénéficié chacune d’une unité de nettoyage de sorgho. Montant global : 843 millions F.Cfa.
Tous ces accompagnements ont eu leur effet sur les rendements. Avant 2014, les rendements ne dépassaient guère 800 kg à l’hectare. Aujourd’hui, ils vont jusqu’à 3 tonnes/ha.

« Nos rendements ont beaucoup évolué car, nous avons adopté un meilleur itinéraire technique de production », se réjouit Mme Kouryana Tapade Nami qui est par ailleurs la présidente du conseil d’administration de la coopérative Sococcen.

« Pour la campagne 2018, poursuit-elle, nous avons fait entre 2,5 et 3 tonnes/ha avec le sorgho de saison sèche. Actuellement, nous récoltons le sorgho de saison pluvieuse. »

La récolte 2018 déjà stockée atteint un total de 1 317 tonnes, fruit du travail des 910 coopérateurs de Sococcen. Quant aux quelque 3 000 membres de Cropsec, ils ont pu produire environ 2 500 tonnes.

Plus d’un milliard de ventes


Ces niveaux de production permettent de satisfaire près de 80% des commandes passées par Guinness qui achète la tonne de sorgho nettoyé à 210 000 F.Cfa. Depuis 2015, Sococcen et Cropsec ont livré à la société brassicole des quantités cumulées à 9 053 tonnes de sorgho grain, pour un montant de 1 448 559 360 F.Cfa.

Du coup, les producteurs vivent mieux. « Auparavant, il y avait peu de personnes aux réunions trimestrielles car, les membres devaient parcourir jusqu’à 50 km pour rallier Maroua. Aujourd’hui, il y a du monde aux réunions. Il y a moins de plaintes liées aux frais de transport. D’aucuns viennent même avec leur propre moto », explique Mme Kouryana. Elle se réjouit de ce que le sorgho a cessé d’être cette culture de subsistance servant juste à faire du couscous ou de la bouillie, avec quelques kilogrammes vendus au marché du coin.

A promote, les coopératives de producteurs sont venues chercher de nouvelles débouchées pour le sorgho. Et peutêtre, cette céréale sera plus connue dans la partie sud du Cameroun. « Nous avons été en contact avec plusieurs organisations qui souhaitent nous passer des commandes, à l’instar du Programme alimentaire mondial ou des Ong qui souhaitent faire du pain et de galettes à base de sorgho », confie la Pca de Sococcen. Mme Kouryana rentre de Yaoundé avec le message suivant qu’elle ira porter aux agriculteurs du Septentrion : « c’est le sorgho qui marche maintenant : »