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Entertainment of Sunday, 6 January 2019

Source: kamermoov.cm

Le business et la mode des cheveux humains se portent bien

Très en vogue en Afrique, le commerce des cheveux humains n'a jamais été aussi florissant. Venus d'Inde ou de Chine, les cheveux naturels déboulent de plus en plus dans les salons de coiffure au Cameroun. Cette tendance conduit des femmes à sacrifier les attributs de leur beauté et de leur féminité à l'autel des standards venus d'ailleurs.

Une plongée dans un magasin dédié aux mèches, aux extensions capillaires et greffes naturelles au marché central de Yaoundé, révèle l’ampleur de l’activité. Une vision panoramique du hangar plonge le visiteur dans une montagne de cheveux naturels, un océan noir, véritable trésor pour la gent féminine. Un tour dans les rayons laisse apercevoir les motivations de certaines clientes comme Liliane, 33 ans et commerçante.

«Ça, c’est du naturel, ça m’a coûté 150.000 f [230 euros, ndlr] et c’est ce que je vais poser tout à l’heure. Il y a quatre ans, j’en ai acheté à 400.000FCFA [environ 600 euros, ndlr]… C’est cher, mais seulement c’est à la mode maintenant, toutes les femmes rêvent de porter ça.»

Un privilège que peuvent facilement se payer certaines, tandis que d’autres, aspirant à ce même standing, sont parfois prêtes à tout pour y arriver.

«Je prélève l’argent pour mes extensions sur le petit budget que mes parents me donnent pour mes besoins. Pour être précise, je réduis mes consommations, je me prive de petits déjeuners formels; les repas que je fais me servent d’alternative chaque matin», avoue Maeva, 21 ans et étudiante.

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Maeva est le prototype de la femme camerounaise, principalement soucieuse de son apparence. La coquetterie et elle ne font qu’une. Adepte des tendances du moment, la jeune étudiante aux extensions longues, qui frôlent littéralement le fessier se donne tellement de mal pour son paraître.

«Je débourse en général quelque 100.000 francs CFA [150 euros, ndlr] pour m’offrir les extensions frontales, par exemple, qui couvrent tout le visage et qui s’adaptent à tous types de coiffures», nous confie-t-elle.

Des efforts consentis par de nombreuses jeunes Camerounaises, parfois issues des couches sociales défavorisées, mais qui veulent absolument rajouter une touffe d’extension à leur coiffure.

«Je fais des économies. Je m’abstiens quelquefois de me servir comme il se doit de mon argent de poche, je fais des petites cotisations pour acheter mes greffes. Je débourse souvent près de 25.000FCFA [38 euros, ndlr] et plus… Je m’offre les mèches qui correspondent à mon budget pour le moment», nous explique Larissa, rencontrée dans les rues de Yaoundé.

Larissa avoue avoir commencé à se parer de cheveux humains après l’obtention de son baccalauréat. Elle est devenue accro à ces parures.

«Je trouve ces mèches belles… c’est ce qui est à la mode. Je suis consciente que ce sont des cheveux humains, mais je sais quand même qu’on les traite à l’aide de produits avant de les mettre sur le marché» relate-t-elle.

Dans ce salon de coiffure du quartier Anguissa, à la périphérie de Yaoundé, Anastasie, la patronne des lieux, a l’habitude de recevoir des clientes aux besoins similaires.

«Toutes les filles de Yaoundé maintenant mettent les naturels. Quand tu n’as pas ça, c’est que tu n’es rien… c’est la mode de l’heure», affirme-t-elle, tout en remuant son extension bien agrippée à son cuir chevelu.

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Une demande de plus en plus croissante chez la jeune fille comme chez les plus âgées, qui a contribué à faire exploser les compteurs de ce business. Niska Sandy, 33 ans, a tissé sa fortune autour de ce marché. La jeune femme d’affaires importe des cheveux naturels depuis trois ans, de Chine et d’Inde, principalement. Dans sa boutique de Yaoundé, le décor est fait de cheveux en tous genres: des touffes blondes, châtaines, des extensions noires brillantes assemblées en chignons et accrochées au mur ou entassées dans des caisses au sol. Un véritable empire du cheveu 100% naturel. Tout compte fait, elle avoue la bonne santé du secteur.

«C’est un marché qui se porte bien. Les femmes aiment bien les extensions naturelles et sont prêtes à débourser de grosses sommes pour se faire plaisir. Les greffes naturelles chez moi varient entre 10.000 et 500.000FCFA [jusqu’à 750 euros ndlr].»

Elle dispose à ce jour de trois magasins à travers le Cameroun pour un chiffre d’affaires annuel de 300 millions de FCFA, soit environ 460.000 euros. Pour elle, au-delà de la cherté du produit, il existe de nombreux avantages.

«Contrairement aux mèches synthétiques, vous pouvez acheter les greffes naturelles et les utiliser sur plusieurs années. Ce sont des cheveux de qualité, vous pouvez toucher et apprécier vous-même.»

Ainsi, l’activité se porte bien et la réussite sociale chez certaines femmes au Cameroun se mesure de plus en plus par la longueur de leurs greffes de cheveux naturels. Pour être à la mode désormais, il suffit d’étoffer sa propre chevelure grâce à des extensions, des cheveux coupés sur les têtes d’autres femmes. Un complexe culturel que tente d’expliquer Lucy Christiana Agwesse, anthropologue camerounaise.

«Beaucoup considèrent que la beauté rime avec cheveux longs et lisses, ce qui pousse la plupart des Africaines à s’y lancer. C’est dans cette même veine que l’on verra des filles ou femmes pas fortunées se lancer parfois dans des pratiques pas « diplomatiques » pour s’en offrir.»

En effet, certaines femmes, prêtes à tout pour se procurer ces fameuses extensions capillaires, vont même jusqu’à se prostituer ou commettre d’autres délits pour récolter l’argent nécessaire à leur coquetterie. Même sans aller jusqu’à ces extrémités, cette lucrative industrie n’est pas exempte de conséquences socioculturelles.

«Celles qui s’y lancent parfois souffrent comme d’une schizophrénie culturelle, qui leur fait croire en l’occidentalisation du monde qui présente « l’Africain », ce qui est africain, comme anormal et occidental comme le normal. Ce qui entraîne le rejet des cultures d’origine pour être comme l’autre. Heureusement que la montée en puissance ces derniers temps de la mode NAPPY, « Natural and Happy », favorise la promotion de la culture, des valeurs africaines. Bref, pour parler comme Mbonji Edjenguélé de « l’être le monde de l’Africain.»»