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Entertainment of Friday, 25 October 2019

Source: kamermoov.cm

'Les Anglophones prennent le pouvoir '

Ce n’est pas un coup d’état. C’est une révolution. Lente, méthodique et silencieuse. Dépouillée d’arrogances bruyantes. Expurgée d’indécences politiques. Affranchie de manipulations médiatiques. Oui, ce qui se passe depuis près de 15 ans sur la scène hip hop camerounaise est bien une révolution. Portée par l’ardeur et le talent rageur des Daphne, Mr Léo, Stanley Enow, Jovi, Magasco, Gasha, Reniss, Shey, Salatiel, etc

Adieu les «anglos» qui ont mal à leur camerounité et crient sécession ! Exit l’anglophonie qui souffre, prostrée, de l’idiotie de compatriotes francophones incapables de citer 5 ethnies du Nord-Ouest / Sud-Ouest. Un bataillon de jeunes au génie dévastateur a, au cours des dernières décennies, pris d’assaut les citadelles jadis forcloses de la reconnaissance artistique, avec les armes de la modernité et les ressorts de l’abnégation. Fils d’Etub’Ayang, de Willy Ngeh Nfor ou de Richard Kings, ils ne renient pas leurs racines ethniques. Non. Ils les exaltent pour terrasser l’expression batarde «anglo» et restituer toute sa splendeur à l’arc-en-ciel musical national.

L’«Ambazonie» artistique n’est ni hérétique, ni dissidente, ni violente. Elle ne sevit pas dans la brousse. Elle se vit en ville. Ouvertement. Librement. Talentueusement. Quand Jovi Ndukong Godlove crie «Je suis Bamenda et puis quoi ?», il ne trace pas de ligne de rupture ethnique. Il s’inscrit dans une démarche dont la pierre angulaire est de casser les barrières, ériger des ponts linguistiques et rythmiques entre camerounais, défendre son origine sans cesser de s’enrichir humblement des autres. Cette recherche soutenue d’intégration (de fusion, voire) est l’une des clés du succès de nos guerriers de l’art. S’il est autant à l’aise sur les plateaux télé, c’est parce que Stanley Ebai Enow, «Bayangui Boy» affirmé, est capable d’un pidgin profond, d’un anglais impeccable et d’un français correct et sans accent. A des années-lumière des traductions balbutiantes du dialogue dit national. Comme lui, Daphné Njie Efundem a le courage de dépasser linguistiquement son Buéa natal pour épouser le Duala sur ses titres-culte «Ndolo» et «Broken». Bien sûr : avant elle, Kareyce Fotso, Nono Flavy, Chantal Ayissi et d’autres ont chanté dans des langues autres que les leurs propres. Ce qu’il faut saluer chez Daphné et Shey («Na You» featuring Reniss), c’est le franchissement délicieux et fréquent de la scandaleuse frontière entre les aires «anglophone et francophone». On aurait tant aimé que les échanges se densifient dans les deux sens. Obscurantisme et amateurisme d’outre-Wouri ne l’ont pas permis….

D’ici, j’entends les chœurs de mauvaise foi rappeler que nombre de jeunes stars anglophones précitées ont grandi dans «l’aire francophone» : Stanley Enow à Bafoussam, Gasha Ashuenbom Amabao à Yaoundé et Reniss à Douala… Et que, de ce fait, il leur serait plus aisé d’adopter la couleur locale. Cette lecture est malhonnête. Elle feint d’ignorer que la proximité n’est pas garantie d’acceptation. Si, des lustres après les accords de Foumban, des millions de camerounais d’expression française ignorent encore tout de «Afo Akom» (pas le chanteur, évidemment) ou de la «Bottle dance», un certain mérite revient à Salatiel Bessong de jongler avec aisance de la rythmique Bend-Skin dans son tube «Fap Kolo» ou à Jovi de jouer avec les lignes Bikutsi dans «Mets l’argent à terre». Qui est assez futé pour établir les origines de Mr Leo Fonyuy Nsobunrika simplement en écoutant «On va gérer» ? N’y a-t-il pas dans ce titre (comme dans le «Wule Bang Bang» de Magasco Anthony T. Nguo, un autre «Bamenda Boy») un remarquable effort d’ouverture, une rafraichissante originalité qui, à l’instar de la collaboration de Jovi & Eko Roosevelt dans «Bush Faller», peut à la fois réconcilier le Cameroun avec son patrimoine culturel et installer notre pays au carrefour de l’Universel ?

Le rêve est permis. II est irrigué par ces jeunes artistes «anglophones» qui, sans atermoiements et sans babillages, trustent les scènes et récompenses internationales avec une réconfortante régularité. MTV Africa Music Awards ? Stanley Enow. Plateau Miss USA 2014 ? La «Champion» Gasha. Bande originale du film “The Lion King : The Gift”? Salatiel. Kora Music Awards 2016 ? Daphné, Jovi, Stanley Enow (entre autres). Meilleures productions vidéo sur Canal2 & TraceTV ? Dr Nkeng Stephens. AFRIMMA 2017 ? Adrenaline, Shamak Allharamadji. A chaque fois, talent, performance et génie s’expriment de manière retentissante. Surplombant abdications et frustrations. Sans recours au dialogue national. Sans nécessité de «statut spécial».

Explication ? Valeurs et causes nobles sont plus hautes, plus fortes que nombre de contingences, préjugés et barrières humaines. Demandez donc à Sandrine Nnanga et Adah Akendji….