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Opinions of Monday, 5 November 2018

Columnist: BOAYENENGUE Achile

A la découverte de la vraie nature du régime Biya

Ministre de l’administration territoriale chargé de la traque des séditieux : BANDA KANI ; ministre de la sécurité intérieure chargé de traquer les agents dormants, les ennemis de l’intérieur : BILOA AYISSI Zacharie ; ministre de la justice chargé de ridiculiser les avocats contestataires : MOMO Jean De Dieu ; ministre de la communication chargé d’insulter la France : TATSINDA Bertrand ; ministre de la culture chargé du révisionnisme historique au profit du monarque BIYA : AOUMO Arthur ; ministre des affaires sociales de la condition féminine chargé de la promotion des mariages précoces et la polygamie dans le septentrion : ADO Abdoulaye. Avec le gouvernement le plus réactionnaire jamais connu au Cameroun, le président BIYA arbore ainsi la tenue de combat pour en finir avec les « déstabilisateurs de la nation unie et indivisible ». Une boutade ? A peine !

Il s’agit par cette caricature de caractériser l’ambiance et le régime camerounais tant le vocable démocratie mêlé à toutes les propagandes ne fait plus illusion. Nous nous servirons de trois critères pour conduire la description.

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Un bonapartisme fainéant :

Les spécialistes des institutions de la Rome antique préféreront parler de césarisme démocratique. Le qualificatif de fainéant tient à ce que BONAPARTE fut un monarque particulièrement dynamique ; une qualité peu probable chez l’homme du « renouveau ». Pour le reste, le bonapartisme est un gouvernement autoritaire obnubilé par le plébiscite. Cette obsession explique le recours permanent à l’ersatz de suffrage universel pour ratifier le pouvoir personnel du suzerain ou du César. Puisqu’un résultat ordinaire ne suffit guère à la propagande unanimiste, l’appareil d’Etat est mis à contribution pour fabriquer un consensus d’apparat. Dans le cas de la dernière élection présidentielle camerounaise, la mascarade est poussée au point de mettre en scène un résultat favorable au pouvoir dans la zone anglophone alors même que le scrutin n’y a pas eu lieu ; sans compter que les populations n’y sont généralement pas acquises au régime.

Une démocratie notabilière

La constitution et la loi camerounaises dispose et stipule un suffrage universel au bénéfice des citoyens. Pourtant, les inégalités de toutes sortes persistantes et savamment entretenues par le régime dans la société camerounaise instaurent en réalité un suffrage censitaire. Dans la périphérie immédiate du pouvoir gravitent des feudataires, des vassaux et toutes sortes d’hommes liges en quête de prébendes pour survivre. Au bas de l’échelle, s’agglutine dans ce sillage une masse de manants, de gueux, de journaliers réduite à quémander des menus services auprès de protecteurs (directeurs de conscience) pour vivoter. Ce faisceau d’échanges aux confins de l’informel et de la délinquance nourrit une féodalité de fait qui permet au lamido, au sultan, au chef traditionnel, au cousin rentiers de l’appareil d’Etat, autant de directeurs de conscience d’orienter voire imposer le vote du détenteur du pouvoir du décret.

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C’est ainsi que s’expliquent la débauche sophiste et le travestissement des universitaires et les dépositaires de la science dans la société camerounaise. Il ne s’agit point d’une spécificité camerounaise. Cette description est reproductible partout en Afrique. La pleine citoyenneté s’appuie sur trois piliers : une citoyenneté politique au sens du droit de vote accordé à chaque membre de la communauté, une citoyenneté économique comprise comme le droit à mener toute activité rémunératrice et à accéder à la propriété, une citoyenneté sociale grâce à des prestations couvrant les populations des risques de l’existence telle la maladie. Or les régimes africains propagateurs de pauvreté vident la démocratie de toute substance en maintenant les masses dans des « misérarium » à ciel ouvert. Dans un tel contexte aucune institution ne peut impulser une démocratie fluide tant toute la vie de la nation est suspendue aux humeurs d’un seul homme : « le pilote du carrousel des prébendes ».

Un autoritarisme anarchique

Les zélateurs du régime de Yaoundé ont beau jeu d’arguer de l’exercice des libertés publiques pour venter la démocratie au Cameroun. De fait le recours à l’oxymore « autoritarisme anarchique » est la formule la plus équilibrée pour évaluer le régime de yaoundé sur le critère des libertés. En effet, l’exercice des libertés suppose un encadrement très méticuleux ; de sorte que plutôt qu’un facteur d’oppression, de désordres divers, la liberté soit pour la collectivité une source d’épanouissement et de progrès. Au Cameroun, il n’est point d’encadrement sérieux de l’exercice des libertés. Tout individu peut user et abuser de la liberté de culte, tels les pasteurs qui brisent les familles, corrompent les mineurs ; les journalistes peuvent user et abuser de la liberté de la presse, tel Gilbert BAONGLA qui déverse sur la place publique toutes sortes de documents et d’accusations plus ou moins fantaisistes. Le point commun de toute cette anarchie est le soutien au prince régnant.

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Tous les excès sont permis à condition de converger vers la perpétuation d’un homme au pouvoir. Un média s’érige impunément en télévision des mille collines ; les ministères servent de lieux de réunion du parti au pouvoir, les biens de l’Etat sont ostensiblement réquisitionnés pour un usage privé. Ne dit-on pas que chacun a le droit de voler à condition de servir le RDPC ? Aussitôt que la moindre liberté tend à remettre en cause le pouvoir ou les intérêts stratégiques du despote, elle est brimée sans ménagement grâce à une insidieuse technologie répressive. C’est ainsi que Boris Bertolt symétrique de BAONGLA doit se refugier pour accomplir la même besogne sous le label du « chassement ». En somme le soutien à BIYA est l’étalon de mesure de toute liberté ; du coup le pays tout entier s’installe inexorablement dans l’anarchie et le chaos dans l’indifférence d’une administration au service personnel du prince.

La destinée de ces régimes maximalistes est t’hélas de disloquer la nation fragmenter l’Etat. Seulement à cette occasion les forces contestataires peuvent tenir une opportunité sérieuse d’accéder au pouvoir. Au Cameroun, la dernière élection présidentielle a mis en exergue les lignes de fractures de la société : un axe nord/sud désormais décomplexé et arrogant, l’essor de contre élites déterminées à se défaire du stigmate de « bamiléké », une population anglophone solidaire des siens malmenés par un pouvoir de plus en plus clanique, une corporation de fonctionnaires prébendiers de plus en plus coupée d’une masse clochardisée, l’affrontement au tour du vieille homme entre groupuscule de l’apocalypse artisan d’une succession dynastique et septiques espérant une succession démocratique. Il y a fort à craindre que le Cameroun ne soit enfermé dans un lent et inexorable processus de délitement ; la conflagration générale n’étant alors qu’une affaire de temps.