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Opinions of Tuesday, 12 March 2019

Columnist: lewouri.info

Affaires Kamto et Mebe Ngo: Paul Biya, le Kadhafi du Cameroun

Lorsqu’on regarde le silence avec lequel Paul Biya gouverne le Cameroun et lorsqu’on regarde, également, en profondeur l’ensemble des décisions qui se prennent, on est obligé à un moment donné de s’arrêter pour réfléchir.

Justement, l’un des arguments de réflexion a été parfois, la comparaison. Dans ce sens, Paul Biya, a plusieurs égards, se rapproche de Mouammar Kadhafi, justement, en plus moderne ! Regardons cela de près.

Tout commence en 1977 alors qu’il a déjà passé 8 ans à la tête du pays. Il décide, un matin, de renoncer au titre de chef de l’État. Il crée une vision et une gouvernance : la Jamahiriya, en fait, gouverner par le peuple lui même : une sorte de démocratie qu’il entend érigé en fondement du panarabisme d’abord, puis du panafricanisme après.

Selon lui, il avait autour de lui un exécutif qui dirigeait les affaires quotidiennes et ne le consultaient qu’en dernier recours. Il s’exprimait très peu, et lorsqu’il le faisait, c’était époustouflant.

Paul Biya lui également se plonge dans ce registre. Il s’exprime très peu et à chaque fois, c’est de façon officielle. Toutes ses sorties trouvent toujours un écho dans toutes les sphères de l’État, les uns l’adulant et les autres le tétanisant.

Paul Biya lui, contrairement à Mouammar Kadhafi, n’a pas refusé le titre de chef de l’État car, à l’origine, le Cameroun n’est pas une monarchie comme la Libye. Mais les prises de décisions au Cameroun sont impressionnantes. Regardons ensemble quelques décisions de ces derniers jours.

1- Alors que personne n’imaginait Kamto dormir une seule nuit dans les prisons du Cameroun, cela s’est quand même passé. Pire, ses avocats ont demandé une liberté conditionnelle qui a été refusé.

Le plus accablant, c’est que le chef de l’État, Paul Biya, lui n’a rien dit sur la question. Laissant ainsi passer l’événement à quelques choses de peu d’importance, du moins, hors de son pouvoir, mais de celui de la justice. Et tous les juristes savent que dès que vous êtes inculpés vous devez répondre des faits qui vous sont reprochés. Fondé ou pas, le reste est un autre sujet.

2- L’arrestation puis l’incarcération du tout puissant Edgar Alain Mebe Ngo, poliment, le neveux du chef de l’État.

Ce n’est pas rien. Alors que tout le monde parle des pressions que feraient les USA, l’ONU et l’UE, pour la libération du professeur Maurice Kamto, voilà que l’État, sans se perturber, et sur très haute instruction sourdine du chef de l’État, Mebe Ngo est incarcéré. Comme quoi, il faut avancer.

On parle ainsi d’opération épervier. Mais vous devez remarquer que lorsque Paul Biya parle souvent de cette opération, il parle toujours de l’assainissement de la gouvernance publique. Jamais et au grand jamais il n’a évoqué, nommément, un seul cas. Du genre, ce n’est pas moi, c’est la justice.

Justement, s’il y en a qui doutaient encore, il y a bel et bien ce rapprochement idéologique entre les deux hommes. Cependant, un point les différés: la position géographique et géostratégique de leur pays.

Après la mort du guide libyen, les rangs de la communauté internationale se sont un peu disloqués. Personne ne veut plus entendre parler d’ingérence, notamment, la Chine et la Russie sont formelles. Leur véto à toute action d’ingérence en Afrique est un acquis.

À côté de tout cela, il y a que les camerounais, dans leur grande majorité, aiment Paul Biya. Justement parce qu’ils ne connaissent pas grand de chose de lui. On déteste très rarement les gens qui ne parlent pas. C’est même l’une des méthodes enseignées par Dale Carnegie pour se faire des amis. Le cas Kamto est parlant. Même les militants du MRC disent que ce n’est pas lui qui a autorisé l’arrestation de leur leader. Comment lui en vouloir donc?

Que retenir de tout ceci? 2 choses

1- Ceux qui programment la chute du régime Biya dans quelques années se trompent grandement. Certes sa longévité à la tête du Cameroun est un problème. Mais son silence n’aide pas à cerner l’homme dans son originalité, tant au niveau national qu’à l’international.

2- Aucune pression ne va permettre la libération de Kamto. Tout le monde sait que quand Paul Biya sera fier et lorsque les enjeux politiques vont être importants, il va lui accorder une grâce présidentielle pour s’attirer plus de fans.