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Opinions of Wednesday, 9 January 2019

Columnist: Maurice NGUEPÉ

Ambazonie: l’armée prise dans le piège de Biya et des sécessionnistes

L'armée camerounaise est aujourd'hui prise entre le marteau de Biya et l'enclume des sécessionnistes.

1. LE MARTEAU DE BIYA

D’un côté, le marteau de Biya, c'est la conception d'une politique guidée par les réseaux de la Françafrique. Biya n'est pas Biya lui-même. Il est à la fois l'incarnation et le maillon d'une structure monstrueuse ayant des ramifications jusqu'en France, à l'Élysée, au quartier général de certaines multinationales et au sein de l'armée française. Et c'est pourquoi cette structure monstrueuse peut se déployer et venir mettre au pas l'armée camerounaise, comme elle avait mis au pas l'armée ivoirienne sous Gbagbo, ou apporter de la logistique à l’une de ses fractions pour lui tordre le cou, comme elle l’a souvent fait partout en Afrique francophone.

Le marteau de Biya, ce n'est donc pas l'armée camerounaise. Celle-ci n'est qu'un jouet entre ses mains, jouet qu'il use à gauche et abuse à droite, bien souvent contre son propre peuple pour remplir l'agenda des réseaux françafricains. Voilà pourquoi elle est tétanisée. L’armée camerounaise est tétanisée parce qu’elle sait que si elle s'émancipe, elle sera matée par le marteau de Biya, par cette armée française et ses réseaux françafricains.

2. L’ENCLUME DES SÉCESSIONNISTES

De l’autre côté, l'enclume des sécessionnistes, c'est cette conception forte et inébranlable de la libération anglophone du joug de la Françafrique dont Biya est à la fois l'incarnation et le maillon. Le caractère radical de ce mouvement de libération est, d’une part, la conséquence directe des multiples jongleries au niveau international qui avaient fondé le rattachement du Southern Cameroon au Cameroun francophone (1958-1961) et, d’autre part, la réaction légitime aux diverses duperies sur le plan national qui, de 1972 à 2015, ont fini par convaincre les Anglophones qu’ils ne seront jamais écoutés et que justice ne leur sera jamais rendue.

En effet, le référendum du 20 mai 1972, que les Anglophones qualifièrent de frauduleux et de coup d’État en raison de son extension à tout le Cameroun francophone, marquait la mise à mort de la fédération camerounaise et, par conséquent, la mort des institutions gouvernementales de l’État fédéré anglophone.

Depuis lors, la gestion des régions anglophones par l’État central s’est faite à travers la discrimination dans les politiques de développement et une francisation progressive des structures éducatives et juridiques des régions anglophones, ce qui a amené les Anglophones à considérer le régime francophone camerounais comme le prolongement du régime colonial français et à exiger le retour au fédéralisme. Mais la mauvaise gestion de la crise de revendication par Biya a favorisé la montée en puissance de la branche sécessionniste du mouvement.

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On peut, dès lors, faire le constat que ce sont eux, les sécessionnistes, qui dictent le rythme aux fédéralistes, un peu comme, au tournant des années soixante, les nationalistes de l’UPC dictaient le rythme de la guerre de libération aux pro-français (Ahidjo, Mbida et consorts) qui négociaient de leur côté une indépendance de façade devant maintenir le Cameroun dans le pré-carré français.

De ce constat, il découle clairement que la revendication de l'indépendance du Cameroun francophone par les nationalistes de l'UPC est, en tout point de vue, comparable à la revendication en cours de l'indépendance du Southern Cameroons par les sécessionnistes anglophones: autant Um Nyobé, Félix Moumié, Ossendé Afana et Ernest Ouandié étaient et sont célébrés au Cameroun francophone, autant Sisuku Ayuk Tabe, Samuel Sako, le général Ivo et Field Marschall sont célébrés dans le Cameroun anglophone.

3. L’ARMÉE ENTRE LE MARTEAU ET L’ENCLUME

Devant cette configuration des forces, Hier comme aujourd'hui, c’est l'armée camerounaise qui est prise à l'étau. C’est elle qui est coincée entre le marteau des mauvaises politiques coloniales, néocoloniales et françafricaines dont Biya (et avant lui Ahidjo) est l’incarnation, et l’enclume des mouvements de libération dont Um Nyobe, Félix Moumié et Ernest Ouandié d’une part et Ayuk Tabe, Samuel Sako et General Ivo d’autre part sont les porteurs. Dans cette position médiane qu’elle occupe, l’armée souffre, parce qu’elle perd quotidiennement et inutilement, aujourd'hui comme hier, des hommes.

Et si l’armée camerounaise perd des hommes, c'est parce qu’elle n’a pas encore compris qu’elle occupe la position médiane dans la configuration des forces présentée ci-haut. Elle n’a pas encore compris qu’elle est coincée entre le marteau du peuple et l’enclume du monstre françafricain. Pourtant, il faut absolument qu’elle en prenne conscience pour retrouver sa fierté et sa dignité; il faut qu’elle perçoive cette position-piège dans laquelle, malheureusement, elle se complaît, et en comprenne la dangerosité. Une fois que cela sera fait, elle pourra alors facilement s’engager à quitter l'étau dans lequel elle se trouve. Et quitter cet étau signifie s’en émanciper pour devenir une véritable armée nationale.

Une armée nationale est une armée qui défend les intérêts de la nation. Dans la guerre qui oppose le peuple camerounais au monstre françafricain dont Biya est l’incarnation, l’armée doit pouvoir lire où se trouve cet intérêt de la nation camerounaise. Elle doit pouvoir comprendre – et tous les experts l’ont déjà répété à maintes reprises – que cet intérêt réside dans le retour au fédéralisme à dix États, parce que le fédéralisme implique la gestion autonome des ressources naturelles et humaines par les populations locales, ce qui réduit la portée d’une surexploitation et d’un appauvrissement perpétuel du peuple par les forces exogènes françafricaines.

Or, c’est encore à cette armée camerounaise, une fois qu’elle a compris cela, de le faire comprendre aussi à Biya, en mettant en pratique cette structure étatique afin que cesse la guerre qui endeuille les hommes dans ses rangs et endeuille le reste de la nation.