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Opinions of Tuesday, 21 January 2020

Columnist: Michel Biem Tong

Ambazonie: les 10 choses qui ont fait échouer Paul Biya

Le pouvoir de Yaoundé a très souvent l’habitude de brandir l’accusation de terrorisme ou d’apologie de terrorisme contre ceux qui le contestent. Mais c’est à se demander si incendier des centaines de maison et massacrer des dizaines de civils comme l’a fait la soldatesque du régime Biya ces derniers jours en zone anglophone n’est pas du terrorisme d’Etat. Signe des temps ? Chant du cygne ? En effet, la période allant du 12 au 18 janvier 2020 a été de pure folie dans le Southern Cameroons (nord-ouest et sud-ouest anglophone du Cameroun). Selon le journal d’actualité des droits de l’homme hurinews.com, près de 600 maisons ont été incendiés et environ 75 civils tués par des soldats camerounais au cours de ladite période. Lorsqu’on en est arrivé à un tel degré de barbarie, cela traduit deux choses : la frustration et la défaite.

1-En déployant des unités militaires surarmées en zone anglophone dès le 30 novembre 2017, Paul Biya et ses sécurocrates ont cru qu’il suffisait d’un coup de canon et le peuple anglophone allait fléchir et se soumettre. Que non ! Le pouvoir de Yaoundé a déployé dans le Southern Cameroons, des milliers de soldats du redoutable Bataillon d’intervention (BIR), du terrible Bataillon des troupes aéroportées (BTAP), une centaine de tireurs d’élites, sans compter les troupes des unités de la Brigade d’infanterie motorisée (BIM). Résultat ? Echec.

2-S’étant rendu compte que la solution militaire n’est peut-être pas la plus efficace, ce régime a opté dès mai 2018 pour ce qu’il sait faire le mieux : diviser sur la base tribale. C’est ainsi que le régime de Yaoundé a engagé une campagne qui consiste à opposer les anglophones du Sud-Ouest à ceux du Nord-Ouest en qualifiant ces derniers de fauteurs de troubles « Ngraffi », « Cam No Go » qui sèment le désordre chez les nobles « Sawa » du Sud-Ouest et les entraînent dans une guerre qu’ils ne souhaitent pas. Résultat ? Echec.

3- Entre juillet et octobre 2018, le régime de Yaoundé à travers ses agents sur les réseaux sociaux dont un faux profil Facebook au nom de Manju Francis Nsoh, s’est mis à propager sur la toile des photos des corps des prétendus « terroristes sécessionnistes » avec les fusils de chasse au-dessus des dépouilles. Ces photos étaient accompagnées de commentaires élogieux genre « 11 terroristes écrasés », « 30 terroristes neutralisés ». L’objectif était de saper le moral des populations qui verraient leurs soldats de la révolution défaits et en sérieuse difficulté. Résultat ? Echec.
4-En décembre 2018, le pouvoir de Yaoundé s’est attaché les services d’un avocat débrouillard, play-boy et en banqueroute appelé Emmanuel Nsahlaï. Basé aux Etats-Unis, fils de l’ancien ministre Christopher Nsahlaï décédé en avril 2008 et non moins neveu de la défunte Première Dame, Jeanne Irène Biya, Emmanuel Nsahlaï a porté plainte contre Chris Anu (secrétaire à la communication du mouvement indépendantiste anglophone), Tapang Ivo (porte-parole d’une branche armée du mouvement) et Eric Tataw (journaliste d’investigation et activiste anglophone pro-indépendance basé aux USA) devant les juridictions dans l’Etat de Californie pour « soutien au terrorisme ». L’objectif d’une telle initiative était de décourager les populations anglophones locales de tout soutien aux mouvements indépendantistes anglophones une fois qu’elles se seraient rendues compte que ceux qui portent ledit mouvement sont traqués par la justice américaine. Résultat ? Echec. Toutes ces plaintes ont été classées sans suite. Depuis quelques mois, on en entend plus parler.

5-Pour semer la confusion au sein du mouvement indépendantiste anglophone, le pouvoir de Yaoundé, par l’intermédiaire de certains membres de l’élite politique et des hommes affaires anglophones, a financé certains leaders de la diaspora et autres activistes pour s’attaquer à d’autres factions du mouvement et à saboter la révolution. Un feyman et voleur de passeport basé en Angleterre au nom de Nkonda Titus aka Ma Kontri Pipo Dem (MKPD) a même été mis à contribution pour détruire (c’est une citation) la révolution anglophone à travers une campagne contre-révolutionnaire sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, YouTube…). Résultat ? Echec.

6-Le régime de Yaoundé, à travers son ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji et ses services d’intelligence tels que la Division de la Sécurité Militaire (son criminel de patron Bamkoui Emile livre même des munitions à certains groupes armés, selon l’activiste Patrice Nouma), a créé de faux combattants séparatistes dès mai 2018 en recrutant tant au sein de la population civile (notamment les bororos) que des forces armées. La mission de ces faux « Amba Boys » (pompeusement appelé « comités de vigilance ») est de kidnapper contre rançons, de multiplier des actes criminels (assassinats avec décapitation, destruction des biens, incendie des infrastructures, etc.) dans le but (1) de dresser les populations locales contre les groupes armés révolutionnaires et (2) amener les Etats-Unis à classer le mouvement indépendantiste anglophone comme organisation terroriste. Résultat obtenu entre mai 2018 et décembre 2019 ? Echec.

7-Le pouvoir de Yaoundé a payé des milliards de FCFA à des firmes de lobbying américaines afin de mener une campagne agressive contre la révolution anglophone auprès des Nations Unies et du gouvernement américain ainsi que de décrocher une résolution au niveau du Congrès américain qui condamne le mouvement. Résultat ? Echec. Le Cameroun a été suspendu du programme de coopération commerciale AGOA par le gouvernement américain qui a rejeté le grand dialogue national et opté pour la médiation suisse.

8-En décembre 2018, le pouvoir Biya, réputé pour son arrogance et convaincu de sa toute puissance, a créé des centres de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR) tant à Buea qu’à Bamenda, afin de recueillir les membres des groupes armés révolutionnaires ayant volontairement déposé les armes. Plus d’un an après, ce machin n’est en réalité qu’un centre qui accueille des désœuvrés et chercheurs d’emploi qui, pour la plupart, sont des anciens prisonniers. La preuve en est que Chief Tabetandoh, sénateur du parti au pouvoir RDPC et homme d’affaires prospère de la Manyu (sud-ouest anglophone), qui disait à qui veut l’entendre en mai 2019 que plus de 500 combattants sont sur le point de déposer les armes s’est mis à genoux pour supplier ces même combattants de déposer les armes en novembre 2019, au cours d’une cérémonie à Mamfe. Tout porte donc à croire que les révolutionnaires authentiques ne sont pas prêts à déposer les armes pour intégrer ces DDR. Mais l’objectif de la création par le pouvoir de Yaoundé des centres de DDR est de faire croire aux Camerounais et à l’opinion internationale que les indépendantistes armés sont des jeunes drogués et endoctrinés enrôlés dans ces groupes armés contre leur gré. Résultat ? Echec.

9- Fin décembre 2019, le régime Biya s’attache les services de Success Nkongho et General Nambere Nanje, l’un ex-activiste indépendantiste et l’autre leader d’un groupe armé indépendantiste. Objectif assigné, saborder la révolution. Mais quelques jours plus tard, l’on se rend compte que Success Nkongho est un escroc et marchand d’esclaves pour le Koweit mais que le pouvoir utilise pour lyncher la Fondation international Ayah qui vole au secours des victimes de la guerre en zone anglophone (réfugiés, déplacés internes). Success Nkongho et General Nambere ont également été mis à contribution par Atanga Nji pour rapatrier du Nigéria, le 31 décembre 2019, 87 réfugiés de la crise anglophone au Cameroun. Quelques jours plus tard, l’on découvre qu’il s’agit en réalité d’immigrés camerounais et même des nigérians recrutés pour mettre en scène un retour de réfugiés afin de convaincre l’opinion internationale de ce que la guerre est en train de s’achever. Nambere quant à lui est utilisé pour servir de relais de renseignements entre les infiltrés au sein du mouvement indépendantiste anglophone et le régime Biya. Résultat ? Echec.

10- Le 3 janvier 2020 à Balikumbat, la présidence de la République, par l’intermédiaire d’Atanga Nji et de certaines élites du Ngoketunja, a mis en scène un soulèvement des populations de Balikumbat (nord-ouest anglophone) abondamment relayé par la CRTV, la télévision d’Etat et les agents du régime sur les réseaux sociaux. L’objectif de cette stratégie mise en place pour contourner les appels des Etats-Unis à participer à la médiation suisse avec les séparatistes, était de donner l’impression que la population locale en a marre des groupes armés, qu’elle ne veut plus de cette révolution et que les choses reviennent progressivement à la normale. Résultat ? Echec !