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Opinions of Friday, 15 February 2019

Columnist: Patrice Nganang

Polémique sur le plus grand intellectuel Bamiléké

Calixthe Beyala a posé une question hier - bref, je l'ai lue hier -, et c'est celle-ci: vous, Bamiléké, passez votre temps à mentionner Mongo Béti, or Mongo Béti, comme son nom le dit a qui est aveugle, était Béti, enfant Béti, quoi. Béti comme elle, Beyala. Comme Ferdinand Oyono. Eh bien, qui sont donc les intellectuels Bamiléké? Citez-les moi donc! Et puis, qui est le plus grand intellectuel Bamiléké? J'aime beaucoup cette question, et je l'en remercie, car elle aide ainsi à éclairer mon peuple, le peuple bamiléké, notre peuple, le peuple camerounais. C'est une douche froide sur cinquante ans d'errements, par une question dont la tradition est raciste à la Gobineau, bien sûr: qui sont les intellectuels Noirs? demandaient les racistes, question à laquelle avait répondu Césaire en 1939. Qui est le Tolstoï des Zulu? Question à laquelle a répondu Tehi-si Coates en 2003.

Je vais donc y aller pas à pas dans ma réponse, pour répondre a sa question vicieusement tribaliste, et criminellement raciste. D'abord, j'ai écrit ma thèse de doctorat sur Wole Soyinka, écrivain nigérian d'origine Yoruba. Allez regarder, vous verrez que dans sa bibliographie, 95% de ceux qui écrivent sur lui, quand ils sont des Nigérians, sont des Yoruba. Je dis bien 95%. Des 1995, j'ai fait partie de la campagne de Wole Soyinka, écrivain yoruba, pour la libération de Abiola, politicien yoruba, président élu alors incarcéré par Abacha comme Kamto l'est par Biya.

Je peux vous dire que du Nigeria, pays multiethnique, 95% des Nigérians qui étaient dans cette campagne étaient des Yoruba. Les Yoruba étaient allés si loin qu'ils avaient acheté une voiture blindée a Soyinka, sans parler de gardes du corps. Voilà le principe pragmatique. Wole Soyinka lui-même a enseigne à l'université de Ife, au Nigeria, après celle d'Ibadan, toutes des universités basées dans la partie Yoruba du Nigeria. C'est-à-dire qu'il est à 100% dans ses œuvres, dans ses actions et dans son soutien, inscrit dans l'institution littéraire Yoruba, et en même temps reconnu sur la terre entière comme le plus grand écrivain d'Afrique. Et évidemment il s'auto-identifie comme Yoruba.

Hier j'ai lu un texte pathétique d'un Bamiléké base en France, qui ecrit qu'il a payé pendant des années une baby-sitter pour Calixthe Beyala, qui s'auto-identifie comme Béti - et l'auto-identification est fondamentale ici, car l'identité n'est pas essentialiste, mais d'auto-identification. Je répète: il a payé une babysitter a Calixthe Beyala, pour des raisons politiques, afin qu'elle puisse travailler comme écrivain, quoi. Pas pour la piner. Ce Bamiléké n'a sans doute jamais imagine payer de babysitter pour un écrivain bamiléké qui ferait le travail politique pour lequel il finançait Calixthe Beyala. Je dis bien, jamais, car il n'est pas seul: depuis 1970, depuis la publication de 'Main basse sur le Cameroun' donc, ce sont littéralement les Bamiléké qui font ce qu'on appellerait l'institution littéraire 'Mongo Béti.' Ils sont ce que j'appelé toujours ses porteurs de sac, et qu'en jargon académique, on appelle sphère mediologique. Exemples: le collectif qui a fait Mongo Béti retourner au Cameroun en 1990 et a sans doute paye son billet d'avion, était compose de Bamiléké quasi exclusivement: Ambroise Kom, Ndachi Tagne, Célestin Monga, Gilbert Doho, Isaac Tcheho, Pius Njawe, Shanda Tonme, etc. Quasiment aucun Beti, quoi. C'est ce même collectif qui se retrouve dans la Société des amis de Mongo Béti, Sambe, et donc derrière la Librairie des peuples noirs, même si porte par l'épouse de Mongo Beti, Française. Quand Camerounais, ce sont tous des Bamiléké, sinon à 95% qui portent Mongo Béti de son vivant et même après sa mort, et vous voyez qu'ici, avec 'Mongo Béti' donc, c'est l'inverse de ce qui se passe avec l'institution littéraire 'Wole Soyinka' qui est porté à 95% par des gens de la tribu de Soyinka - eux qui lui ont même construit une statue à Lagos! Il n'y a pas d'écrivain sans institution littéraire, et ceux de nos écrivains qui n'ont pas d'institution littéraire derrière eux - Ferdinand Oyono par exemple - ont entièrement disparu de la sphère publique. Ceux qui en ont existent après leur mort - dans les universités, les thèses sur Mongo Béti sont sans doute presque toutes écrites par des Bamiléké! Conclusion: sans les Bamiléké, Mongo Béti aurait totalement et absolument disparu comme écrivain!

Et ça ne finit pas: Célestin Monga, banquier international devant l'éternel, est devenu un porteur de sac de Achille Mbembe, et n'a jusqu'ici rien écrit sur Maurice Kamto qui là la haie a Kondengui - je dis bien rien du tout, même pas une ligne, alors que Kamto est bel et bien Bamiléké comme lui, et grand juriste international, et qu'en 1993 ils étaient tous les deux dans l'Union pour le Changement. Ce chiasme tribal bamiléké à un cote pile, c'est le fait que les même Bamiléké qui citent Mongo Béti partout, qui financent des babysitter pour Calixthe Beyala sans la piner, qui portent le sac de Achille Mbembe, qui chantent le nom de Leonora Miano plus que les Sawa, ne le font pas à des écrivains, a des intellectuels Bamiléké. Ne le feraient d'ailleurs jamais à des intellectuels Bamiléké.

Ces Bamiléké diront rapidement par exemple ici, que moi, - 48 ans et mon palmarès est ici: www.nganang.com - je suis Bangangte, que je me vante trop, et que eux ils sont Bafoussam plutôt, et ils chercheront dans les poubelles de l'histoire un écrivaillions Bafoussam pour me dire qu'il me dépasse, que je ne suis rien du tout. Je dis ceci: Kamto est Baham, et Monga est Bafang. Pour Monga, Kamto n'est rien du tout, quoi, mais Mbembe, Bassa, est tout. Est Dieu. Il se révèle quand on regarde de près, et c'est ce que je dis, que ces Bamiléké sont simplement frappes du schibboleth - ce reniement de soi, cette fuite de son nom, de ses origines - qui les jette dans les bras de l'Autre, et les fait renier leurs origines qui, elles, sont partout sur la terre fondées par la littérature. Pour tout Bamiléké, renier un écrivain, un intellectuel bamiléké, c'est fondamentalement renier ses origines. Embrasser Mongo Béti, comme s'il était soudain un Bamiléké malgré son nom-éclat, c'est renier ses origines, et sur la terre entière encore, un seul peuple a fait ça, un seul peuple: les Juifs.

Changer de nom, renier sa religion, et avec le marxisme d'ailleurs, renier son identité culturelle, auront été les marques les plus cinglantes du schibboleth qui également frappe le peuple bamileke, l'intelligentsia bamiléké, et la condamne littéralement au silence quand l'heure est grave. Il y'a une chose que l'arrestation de Maurice Kamto aura réussi, c'est mettre en lumière les Bamiléké. A eux de se libérer de la tradition du portement du sac des Autres qui les maintient captifs.

Nous avons pris le pouvoir! Defendons-le!

Concierge de la republique