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Opinions of Sunday, 20 August 2017

Columnist: Boris Bertolt

Ce que Paul Biya doit faire pour sauver le Cameroun

Paul Biya est âgé officiellement de 84 ans. Ce qui d'un point de vue biologique veut dire qu'il vit ses dernières années. Ce qui se joue actuellement au Cameroun au-delà de la lutte de succession c'est le contrôle des ressources que procure l'appareil de l'Etat à une minorité d'individus qui ont fait main basse sur les richesses nationales et qui comptent poursuivre leur exploitation Paul Biya est devenu un obstacle dans leur plan. Il s'agit d'alliances au-delà du RDPC, pluri ethniques et ayant des relais dans l'opposition. Certains peuvent continuer à se voiler les yeux mais le Cameroun est non pas au bout du tunnel mais au pied d'un gouffre. Tout dépend des mesures et réformes que Biya peut entreprendre pour au moins empêcher que l'histoire ne retienne son nom comme celui qui aura plongé un pays riche, prospère dans le chaos. Ces réformes sont conjoncturelles et structurelles.

Dans un premier temps, il faut un renouvellement même à 50% du personnel politique. Un remaniement gouvernemental s'impose en urgence. C'est terrible que Paul Biya ait pu maintenir un gouvernement qui est au cœur d'autant de scandales et qui est à l'origine du durcissement de la crise anglophone. Le gouvernement Yang devait être remplacé depuis 2016 afin de créer même de manière circonstielle dans l'opinion publique un sentiment de fonctionnement de l'Etat. Or le pays est bloqué, hyper endette et la pauvreté va grandissante. Le Nord du Cameroun et les régions anglophones sont au ralenti. Les produits de première nécessité sont en augmentation. Tous les secteurs se plaignent mais ce gouvernement n'arrive à rien faire. Plus portés vers les batailles par réseaux interposés.

Au-delà du gouvernement, c'est l'administration, les élus qu'il faut renouveler. La moyenne d'âge de l'ordre gouvernant est de plus de 60 ans tandis que la moyenne d'âge de la population est entre 25 et 30 ans. Il y a un conflit génération elle qui se pointe et qui pourra être instrumentalisé par les officines. Il faut donner des gages aux jeunes. Il faut les faire confiance et ouvrir le seuil des possibilités.

Par la suite Paul Biya doit libérer en urgence les prisonniers anglophones. Ce serait un acte politique majeur au moins pour l'apaisement et le début des négociations. Il ne faut surtout pas comme c'est le cas succomber aux sirènes des sécurocrates de Yaoundé et des djihadistes de l'unité nationale. Ces derniers se comportent comme si l'unité était statique or elle est une dynamique permanente. Toujours en construction et en négociation. Aucune nation au Monde n'a réalisé son unité. Elle se construit et se négocie au quotidien à travers une répartition équitable des richesses, une justice sociale, le respect des minorités, de la dignité et la reconnaissance de la diversité. On ne peut pas négocier à 12h avec des individus et les traiter à 17 h de terroristes. Ce pays est le notre. Personne n'a le monopole du patriotisme. Ceux qui se plaignent ont des raisons. Il faut discuter avec eux, les écouter. La répression crée la radicalisation. On ne peut pas envoyer des pyromanes éteindre un feu. Monsieur le président pour éviter l'enlisement vous devez vous poser en rassembleur.

Il faut procéder en urgence à une relance de l'opération épervier. On ne gère pas un pays dans l'impunité. On ne développe pas un pays en encourageant les détournements de deniers publics. L'unité de mesure du vol est le milliard au Cameroun. Arrêter les voleurs c'est montrer qu'on attache encore de l'importance à la gestion de l'Etat. Seulement pour l'humiliation que nous subissons dans le cadre de cette CAN 2019 même s'il faille mettre 150 personnes en prison faites-le. Vous ne pouvez pas continuer à laisser des fonctionnaires prendre en otage tout un pays et exploiter la misère du peuple.

Cependant, il est important de demander au ministre de l'administration territoriale de vous faire une évaluation sur trois mois du processus de décentralisation accompagné de recommandations pour son accélération. Vu l'état du pays inéluctablement soit on ira vers une décentralisation complète, soit on ira vers la fédération. Comme vous ne pouvez pas accepter la fédération, finalisez au moins la décentralisation que vous même vous avez accepté dans la constitution de 1996. L'obéissance à la loi que l'on s'est prescrite n'est que liberté soulignait Rousseau.

Enfin monsieur prenez l'engagement de quitter le pouvoir au cas où vous êtes réélu et mettez en place les institutions nécessaires pour une transition sans effusion de sang. Le brouillage institutionnel renforce les craintes, les peurs sur l'avenir du Cameroun. Vous nous devez au moins de laisser ce pays en paix et stable comme vous l'avez reçu en 1982. Il y a 35 ans. Pensez à votre famille vos proches et dites-vous ce qui leur adviendrait au cas où vous laissez le chaos.

Monsieur le président, reprenez la main sur le pays, sur votre système. Au cas contraire, ces gars vont vous créer de très graves problèmes.