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Opinions of Thursday, 21 February 2019

Columnist: Ferdinand Paul Enoka

Chaos politique: 'les camerounais doivent prier pour que Biya reste en vie'

Régler le dérèglement du Cameroun. Depuis 2013 avec l’enlèvement des Moulin-Fournier, le Cameroun est rentré dans une spirale de tourmente dont on n’avait pas encore bien mesuré la portée. Avec Boko Haram qui s’en est suivi et qui aujourd’hui mute déjà vers un autre type de menace, avec la fratricide crise anglophone qui prend déjà l’allure d’une guerre civile, avec une élection présidentielle qui a plus montré les fractures d’une société, avec la fureur de la montée du tribalisme, …etc,

le Cameroun est désormais comme une pirogue qui prend de l’eau de toute part, une machine qui se dérègle complètement et dont il faut absolument tout faire pour vite la régler.

La fin de la note d’espoir

Lorsque, le 06 novembre 1982, Paul Biya accède au pouvoir, la note d’espoir est plus que de mise. Les chants, les cris de joie, les youyous accompagnent alors le jeune, le très beau et très élégant président alors en état de grâce. Le long et très répressif règne d’Ahmadou Ahidjo, malgré la très bonne santé économique du Cameroun avait fini par lasser beaucoup de monde. Dans les chaumières, l’époque de la chéchia et de la gandoura avait trop durée, même si on ne pouvait le dire qu’à voix basse. C’est ce que va magistralement traduire le musicien Ngallé Jojo dans son titre à succès, Essimo na rigueur. « Ouf ! Quel soulagement ! Ouf ! C’est la rigueur !.... rigueuuuur ! ooooooh ! », « On en avait assez… », « Aujourd’hui c’est le travail et après c’est la fête », « avec Paul Biya nous avons la justice …. », sont quelques paroles de la chanson qui témoignent de l’engouement, de l’espoir suscité par l’arrivée du nouveau président. Encouragé comme jamais, Paul Biya reçu aussi la voix de Marie Archangelo qui avait sorti son célèbre « va de l’avant Paul Biya ».

Titre qui trône encore comme générique annonçant le journal parlé de 20h au poste national. La chanson, il faut le dire est belle. Elle est même, dans sa scintillante mélodie, atemporelle. Mais, certaines phrases de la chanson forcent aujourd’hui la réflexion. « Par la volonté de Dieu et la confiance de la Nation, jamais, jamais tu ne failliras ! » ; « va de l’avant Paul Biya le peuple camerounais est très digne », nous soutenons ton action de paix et d’unité ». De ces deux chansons, on peut se poser des questions essentielles. Le Cameroun est-il encore gouverné dans la rigueur ? Où est la moralisation tant annoncée ? Quel est l’état des travailleurs camerounais ? Sont-ils heureux de leurs conditions ? La volonté de Dieu et le soutien de la nation sont-ils encore de mise ? Le pays a-t-il encore la force d’aller de l’avant ? Chacun dans son fort intérieur à la réponse. Alors, le 06 novembre 2018, jour et date incontestablement historiques, la prestation serment très festive, très démonstrative du président lion, du président sphinx, mise en musique par une organisation presque parfaite interroge le Cameroun à plusieurs titres. Les motifs d’espoir ne sont plus aussi au vert comme en 1982, l’horizon semble dangereusement s’assombrir, l’espoir se meurt dans la société, tous est prêt à être réprimé par la force et malheureusement parfois dans le sang, les camerounais s’insultent volontiers dans un puissant bouillon ethno-tribal, la machine se dérègle. Or, pour le Cameroun, il faut urgemment régler au plus vite ce dérèglement. Mais, l’indifférence des Camerounais devant l’amoncellement des crises, inquiète plus qu’elle ne rassure.

Quels sont ces crises principales ?
Des crises liées au durcissement du pouvoir L’année 2019 n’a pas d’équivalent au Cameroun « démocratique » depuis le retour au pluralisme en 1990. L’élection présidentielle, officiellement largement gagnée par le président Biya avec plus de 71% de suffrages contraste avec la tension qu’il y’a dans l’air. Cette tension, témoignage édifiant d’une fébrilité certaine du pouvoir, se manifeste par des interdictions systématiques de toutes les formes de manifestions en sa défaveur. Interdiction de celles qui veulent interroger certains ratés dans la gouvernance du pays comme le « glissement » de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Quel signal veut-on passer par de tels agissements ? Avec la vague brutale d’interdiction des marches du Social Democratique Front (SDF) et d’arrestation des manifestants du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) les 26 et 28 janvier 2019, le pouvoir, en durcissant sa position montre bien qu’il ne badine pas avec sa vision de la paix sociale.

Il montre aussi une certaine inhumanité dans sa colère en sortant un blessé de l’hôpital pour l’incarcérer tout comme il affiche un certain mépris pour le respect des droits des prévenus. Or, ce durcissement nous cause finalement, en tant que nation, beaucoup de problèmes. Les condamnations de ce type d’agissement pleuvent de partout. Le comportement de certaines de nos vaillantes forces de sécurité et de défense est désormais montré du doigt.

Les grandes chancelleries, derrières leurs traditionnelles phrases policées parlent du Cameroun en des termes peu élogieux. C’est le cas du général américain Waldhouser, qui, devant la commission de sécurité du Sénat américain indique « avoir fermement rappelé au président Biya que les violations des droits de l’Homme dans les zones anglophones causeront une révision de la coopération de son Pays avec le Cameroun ». On ne doit pourtant pas recevoir cette leçon. Mais l’adage « la main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit » est bien connu. Pour le climat politique, plusieurs organisations qui comptent ont d’ailleurs épinglé le Cameroun sur la vague de répression qui s’abat actuellement sur le professeur Maurice Kamto et ses amis. L’affaire frise un règlement de compte politique.

Amnesty international, la Commission des Droits de l’Homme des Nations unies etc. condamnent le pouvoir. C’est son image qu’il salit lui-même. Alors que cherche- t-on exactement avec un tel durcissement des réactions du pouvoir face à sa propre société ?

La crise anglophone : vers un point de non-retour ?
Les derniers évènements de Buea dans le sud-ouest anglophone obligent désormais tous les camerounais à ne plus se taire. Des séparatistes, des ambazoniens, des fédéralistes, on ne sait plus exactement qui est qui, ont décidé de 10 jours morts. Quiconque viole cette interdiction se voit immédiatement puni.

C’est désormais le spectacle des voitures brûlées en guise de représailles à tous ceux qui ont l’oreille dure, c’est aussi le temps de l’insoutenable avec des hôpitaux qu’on flambe. Des malades qui meurent incendiés. Le comble de l’horreur. Depuis 2016, la situation va de mal en pire. On est loin de la mise en garde, visiblement pas prise au sérieux, de l’ancien Ministre et aujourd’hui membre de la Commission Nationale pour le Bilinguisme et le Multiculturalisme David Abouem A Tchoyi, fin connaisseur de ce problème lorsqu’il éclaira magistralement la lanterne des camerounais sur la question. En voici quelques morceaux choisis : « je fus nommé (par Ahidjo) comme rapporteur de ce comité. Le secret professionnel m’interdit de divulguer ici le contenu des constats, conclusions et recommandations contenus dans notre rapport.

Toutefois, par respect de la vérité historique, je dois signaler qu’aucun membre de ce comité n’émit le moindre doute sur l’existence d’un problème anglophone au Cameroun. …Reconnu à l’époque comme un problème réel par les plus hautes autorités de l’Etat, le problème anglophone aurait-il disparu, comme par enchantement ? Maîtrisant les sources du problème, il mit le pays en garde « …ne commettons surtout pas l’erreur de prendre de haut ce problème. Nous risquerions d’avoir des réveils amers… » Poursuivant sa réflexion, il asséna « nous discutons bien avec des criminels, pour libérer des otages ! Discutons avec des compatriotes qui en ressentent le besoin pour libérer le Cameroun des menaces à la paix, à sa stabilité et à sa sécurité… » Et enfin, il lâcha comme une prémonition « il y a quelques années je discutais avec le Dr Ngwang Ngumné, un des principaux leaders du courant sécessionniste avec qui nous avions servi à Bamenda. A l’issue de plus de deux heures de discussion, il eut cette phrase « mon frère comme personne ne veut nous écouter, tout le monde finira par nous entendre ».

Visiblement, c’est ce qui entrain de ce passer. Malgré le black-out de la CRTV sur les aspects dramatiques du problème sur le terrain, tout le monde entier sait qu’il y’a quelque chose qui ne tourne pas rond au Cameroun. Les morts civils et militaires, tous des camerounais ! Les destructions des biens, des personnes déplacées… quels horreurs ! Des maisons brûlées et fumantes, des routes barricadées… eston encore au Cameroun jadis havre de paix ? Des travailleurs pris en otage entre les promesses de sanction du gouverneur aux fonctionnaires et les promesses très sérieuses de représailles à ceux qui auront l’intention de rompre le mot d’ordre de 10 jours morts ! Voilà ce que les camerounais vivent là-bas ! Une petite idée de l’enfer en somme. Un enfer qui nous guette tous désormais. Comment ne pas aussi convoquer l’honorable joseph Wirba, député SDF du Bui, dont la voix semble avoir délibérément refusé d’être entendue au début de la crise.

En effet, dans une diatribe publique d’une rare force à l’Assemblée Nationale le 02 décembre 2016 contre la gestion des tensions dans la partie anglophone, il déclara en accusant Ministre Ahmadou Ali : « Il y a dix ans, j'ai pris mon temps, j'ai roulé en voiture de Kumbo à Yaoundé pour lui dire : Quelque chose se développe làbas. Le fait que vous envoyez les gendarmes tabasser les individus et dire toutes ces choses provoque des douleurs dans le Cameroun occidental et en tant que ministre de la Justice, vous devez faire attention au sujet de ce qui se passe au Cameroun occidental». Il s'est retourné, il m'a regardé et m'a dit : «M. Wirba, c'est ton peuple qui a choisi venir ici». Il est vivant. Il me l'a dit ». Il est tout de même curieux, aujourd’hui, en regardant les images de cette scène disponibles sur YouTube, de constater que l’Assemblée Nationale, dans sa grande majorité resta silencieuse !

Si l’on ajoute que le SDF n’a pas pu faire débattre le problème anglophone à l’Assemblée Nationale, on peut comprendre à quel point le blocage est profond. On peut même se demander si les députés de la majorité, avant tout députés de la nation, ont encore la capacité de demander qu’on se penche sur un problème national. En effet, si le débat n’a pas eu lieu, c’est bien aux députés de RDPC, ultra majoritaires, à l’exception de quelque uns comme l’honorable Martin Oyono, que l’on doit aussi poser la question sur l’état actuel de la situation dans les régions anglophones. On est donc dans l’impasse actuellement car on ne voit pas trop comment les structures mises en place pour la résolution de ce problème peuvent nous tirer les marrons du feu.
Devant la profondeur du problème qui crée un abîme abyssal entre le Cameroun anglophone et le reste du pays, c’est peut-être tous les camerounais, encore incroyablement indifférents qu’il faut réveiller. Si la Cameroon Developpement Coorporation(CDC) ne peut plus normalement fonctionner, où va l’Etat du Cameroun ? Il s’agit quand même du plus gros employeur du pays après l’Etat ! Les inquiétudes du GICAM ne doivent donc pas être considérées comme de simples jérémiades. Aucun investisseur ne met son argent dans un pays à risque.

Les patrons, comme me l’a révélé l’un deux dans une conversation sont clairs « la situation est plus que préoccupante. On est en train de glisser et malheur à la gravité de la chute ! » a-t-il conclue.

La mutation de la menace à l’Extrême-Nord

Dans le discours officiel, Boko Haram a été réduit à sa plus simple expression. Même si pour le président, il faut maintenir un Etat de veille, pour le commun des camerounais et même dans des hautes sphères, on dit qu’on a déjà vaincu Boko Haram. Or, cette vision largement partagée est loin de la réalité. Les travaux divers menés par des personnalités scientifiques de très haut calibre comme le professeur Saïbou Issa montrent clairement que depuis toujours, les menaces du type de Boko Haram sont des menaces de nature mutantes. « Avant Boko Haram, c’était le grand banditisme, les coupeurs de route habitués à entretenir une main d’œuvre criminelle dans tout le bassin du lac Tchad depuis des siècles. Avec Boko Haram, il n’a pas été difficile de reconvertir cette main d’œuvre rompu aux tâches de crime. Aujourd’hui, avec la puissance des forces militaires camerounaises, les adeptes de Boko Haram vont se reconvertir ».

Ainsi s’exprimait-il en février 2017 lors d’une rencontre internationale organisée à Maroua sur les démobilisé de Boko Haram. Cette analyse s’observe aujourd’hui sur le terrain avec une rare précision. Les preneurs d’otages depuis la région de l’Adamaoua font sévir leur loi. Le bétail, les hommes, tout ce qui peut être rentable est soit kidnappé, soit enlevé et gardé en otage pour rançon. Le long de la frontière Cameroun-Nigéria, cette activité tend à se développer simultanément avec les attaques de Boko Haram au Nigéria, qui automatiquement, ont des répercussions sur les mouvements des réfugiés au Cameroun avoue un officier supérieur à Waza. Aussi, sans rien enlever à nos militaires qui ont suffisamment fait leurs preuves sur le terrain, la décision américaine de réduire son aide militaire au Cameroun ne doit pas être sous-estimée comme c’est le cas chez nos officiels et dans une certaine presse proche du pouvoir.

En effet, selon CNN, l’aide américaine a été réduite à cause des manquements du Cameroun au respect des droits de l’homme dans la guerre contre les séparatistes dans la région anglophone : « nous avons informé le gouvernement camerounais que le manque de progrès et de clarté au sujet des actions entreprises par le gouvernement en réponse à des allégations crédibles de violations flagrantes des droits de l’homme pourrait entraîner une suspension plus large de l’aide des Etats-Unis » confie un cadre du Secrétariat d’Etat. Si la source du journaliste est indirecte, celle du général Waldhouser devant une commission spécialisée du Sénat américain ne fait l’ombre d’aucun doute. Le général, après avoir reconnu l’importante coopération avec l’armée camerounaise et s’être félicité des résultats obtenus a confirmé la suspension de certaines activités conjointes. Il a aussi précisé qu’il a dit au président Biya clairement que si les problèmes des allégations de violation avérées de droit de l’homme ne sont pas réglés, la coopération militaire avec le Cameroun serait sérieusement affectée.

La plaie suppurante du tribalisme

En assimilant le destin horrible qu’Adolph Hitler réserva aux juifs à la communauté bamileké, le Ministre Délégué à la justice Jean de Dieu Momo ne savait pas qu’il franchissait le Rubicon sur ses habituelles attaques contre les Bamiléké, sa propre communauté. Cette habitude, sans doute saluée par les manipulateurs de la tribu n’avait officiellement jamais été dénoncée. Dans une tribune sur les dérives inquiétantes du tribalisme que nous avons publiée da Le Jour n° 2791 du 17 décembre 2018, nous attirions déjà l’attention sur les dangers d’une telle attitude. C’est pourtant de l’Etat d’Israël, qui, plaidant sa propre cause va vivement protester contre les propos du ministre sur les Juifs. Les mots parlent d’eux-Mêmes.

« Ces propos antisémites … constituent une grande déception au regard des relations bilatérales et amicales entre le Cameroun et Israël qui ne ménage aucun effort pour soutenir le peuple camerounais dans tous les domaines…. L’ambassade d’Israël au Cameroun se dit outragée par cette sortie qui décrit avec légèreté une histoire aussi triste et tragique de l’Humanité, qui fait entorse à l’image des relations entre nos deux peuples :- condamne fermement ces propos et espère des excuses immédiates et suivra les étapes prises ». Les plus hautes sphères de l’Etat ont demandé des excuses pour sauver la qualité de notre relation. Il le fallait. Cependant, le problème tribaliste camerounais, lui, est resté. Une fois de plus notre haute société s’est tue. Sur les réseaux sociaux, c’est désormais une guerre de tranchées, particulièrement violente entre Béti et Bamiléké qui s’insultent copieusement sur le prisme ethno-tribal. Et chaque jour, le fossé se creuse. Guibaï Gatama l’a remarqué dans un petit texte,« l’agonie des modérés ». Il y montre comment le tribalisme s’installe peu à peu même chez les cerveaux les plus solides.

A coup sûr, c’est le tribalisme qui va finir par être la vague qui fracassera le Cameroun. Et ici, modérés, radicaux et indifférents seront ravagés par les flammes qu’ils ont soit regardé, soit attisé, soit refusé d’éteindre. Tout faire ensemble pour éviter la communauté internationale dans notre cuisine Le Cameroun a actuellement besoin d’être sauvé. Mais, par qui ? Surtout pas par la communauté internationale dont les exemples d’intervention sur le continent n’ont donné, jusqu’ici, rien de bon. Au contraire… La solution : c’est tous ensemble !

Sur le plan politique

Le pouvoir camerounais doit éviter de décapiter, comme ça semble être l’intention, le MRC ou tout autre parti susceptible de maintenir un espoir de construction d’une démocratie au Cameroun. La démocratie camerounaise gagnera incontestablement en qualité avec des partis d’opposition forts. La preuve, si l’Assemblée Nationale était plus colorée, sans doute la crise anglophone n’aurait pas connu le destin qui est le sien actuellement. Le SDF était trop seul, trop faible pour imposer un débat sur la question. De même, il faut, plus que jamais, trouver une solution politique viable à la crise anglophone. Un dialogue plus direct avec les leaders serait l’idéal. C’est ce qui se fait pour des crises majeures. Sauf si le pouvoir a décidé de passer à une guerre totale qui provoquera des conséquences irréversibles. L’histoire nous donne plusieurs exemples. Si Mandela et De Clerk ne discutaient pas directement, l’Afrique du Sud aurait implosé. Or Mandela était officiellement et légalement un hors la loi et De Clerk le président élu et légal de la nation arcen-ciel !

Les segments communautaires
Une forte implication des communautés dans la discussion des problèmes du pays est aujourd’hui capitale. Les solutions qui viennent d’en haut ne marchent plus. Le monde évolue, évoluons avec lui. Ça veut dire que la gouvernance communautaire au Cameroun nécessite aujourd’hui une restructuration profonde qui doit partir du chef de quartier à l’exécutif régional. Les femmes, grandes victimes des guerres doivent être impliquées au premier chef dans les discussions sur l’avenir du pays. Elles ont fait leurs preuves dans l’histoire des résolutions et de prévention des conflits en Afrique. Il faut qu’on les écoute. C’est pareil pour les jeunes dont l’éducation et l’éducation politique posent de sérieux problèmes.

Le système aujourd’hui ne permet pas aux jeunes de mieux capitaliser les potentialités du pays. Sur le premier point, le principe doit être enracinement et ouverture. Si l’ouverture est-il me semble en bonne voie, l’enracinement par contre pose de sérieux problèmes. Par exemple, si on veut avoir des jeunes patriotes, il faut leur enseigner l’histoire du Cameroun plus que ce qui est actuellement fait.

C’est dans ce sens que je mets des enseignements techniques comme la mécanique, la maroquinerie, l’ébénisterie etc. Pour le second point, la culture politique actuelle donne très peu de lisibilité aux jeunes. Ils peuvent copier soit la brutalité et la répression politique, soit les pratiques de détournement et autres déviances qui s’accolent à l’image d’une bonne partie de la classe politique actuelle. En effet, de la colonisation à nos jours, l’image de scène politique camerounaise est outrageusement dominée par la répression, les tueries, les arrestations arbitraires, le viol de la loi etc. De Um Nyobé à Fru Ndi, de Yondo Black à Maurice Kamto, l’image que notre système politique nous renvoie c’est l’image de la répression brutale de l’offre politique de l’opposition dès qu’elle atteint le stade où elle peut menacer le pouvoir en place. Quoi de plus normal alors que les jeunes ne copient que ce qu’ils vivent eux-mêmes. C’est ce paradigme politique qu’il faut urgemment détruire pour le bien du Cameroun.

L’université

La dépolitisation de l’Université est une nécessité incontournable désormais. En effet, dans le cadre actuel, on est curieux, en tant qu’observateur de constater soit le silence de l’Université, soit son caractère partisan sur des questions qui réclament son éclairage. C’est toujours dérangeant de voir un enseignant d’université dire : « ce qui se passe ne me concerne pas. Tant que mon salaire passe, ne me mêlez pas à vos affaires-là »! Il s’agit là de l’élite pensante de la société, croit-on. Or, si elle refuse de penser aujourd’hui, ce n’est pas demain qu’elle le fera. Effet, ici encore, la peur de la répression, la peur d’être montré du doigt par des collègues qui vous clament « si tu te prononces, on ne va pas te nommer ! On te bloquera dans ta carrière… », témoigne de l’état d’esprit général de l’Université camerounaise aujourd’hui. Ainsi, une bonne dépolitisation de l’Université permettra à cet organe essentiel de jouer enfin tout son rôle. Le résultat de cette mutation indispensable prendra certes du temps, mais il le faut pour l’avenir.

Le président, la clé de voûte
La solution est certes dans les mains de tous. Mais celui qui a les clés reste le président lui-même. Dans la situation actuelle, les camerounais doivent prier pour que le président reste en vie. Une mort « prématurée », avec l’exacerbation tribale actuelle et la crise anglophone non réglée plongerait tout le pays dans le chaos. Tous les analystes sérieux sont d’accord là-dessus. A cet effet, l’ouvrage de Korybko Andrew sur les guerres hybrides mérite d’être lu par tous ceux qui pensent et qui craignent pour l’avenir du pays. Le président Biya a déclaré le 31 décembre 2018 que le Cameroun était probablement en train de traverser la phase la plus importante de son histoire.

Sur le prisme de ce qui se joue sous nos yeux, on peut dire qu’il détient dans ses mains, le sens futur du Cameroun. Rien de mieux pour reprendre à mon compte, les propos d’un de ses plus grands soutiens, d’une des rares voix avoir, dit-on, son oreille, le sultan roi des Bamum, Mbombo Njoya. En effet, le 21 février 2016 à Bafoussam, il déclara « Cher Camarade Président National, au moment où nous sommes entrain d’essayer d’écrire une nouvelle page de l’histoire de notre pays, sachez, Excellence, que les clés du bonheur et du malheur de notre pays se trouvent encore aujourd’hui entre vos mains. Que Dieu Tout-Puissant puisse vous guider …, dans le choix de la bonne clé ».