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Opinions of Monday, 6 November 2017

Columnist: Via la page Facebook de Patrice Nganang

Crise anglophone: c'est le terrain qui dicte l'action

Le conflit anglophone n’échappe pas à ce qui, pendant de nombreuses années, a secoué l’UPC, la division entre l’exil et le terrain. Division qui frappe également de nombreuses organisations camerounaises qui prennent sur elles la tâche de mettre en branle le changement. Certes nous ne sommes plus durant les années 1960, où un certain Fenkam Fermeté était l’agent de liaison entre deux positions de plus en plus irréconciliables, et dont la séparation avaient obligé Ernest Ouandié à quitter son retrait ghanéen, pour revenir mener dans la brousse ce qui sera le plus long maquis de notre histoire. Avec ses country sundays, ses vipers, ses takumbengs, son consortium, le conflit anglophone n’est pas différent de cette guerre fondatrice de notre histoire, ce même si, dans l’opinion publique, la routine veut que deux camps s’y font face, celui des ‘fédéralistes’ plutôt ‘modérés’, et celui des ‘séparatistes’ plutôt ‘radicaux.’ Distinctions intellectuelles dont l’antagonisme, d’abord présenté dans la presse comme de salon, nous apparaît de plus en plus dans des échauffourées dont la dernière est sans doute le chahut de Nkongho Balla à Londres, lors d’une des étapes de sa tournée publique.

Et pourtant ceux-là même qui ont chahuté Nkongho Balla, avant que le Consortium interdit et dont il était le président, ne se réveille de son hibernation avec un communiqué l’excluant, l’ont vu le lendemain au pays, à Buéa, assistant aux funérailles d’une des victimes d’un accident absurde, de ceux qui jonchent notre histoire collective de batailles. Et voilà que se révèle la loi du terrain, c’est-à-dire son vide, tout comme la nécessité que ce vide impose, de l’occuper. Le conflit anglophone nous a ébloui dès le début par l’importance fondamentale qu’il accorde au terrain. C’est que depuis les années 1960 encore, la politique des agents du changement dans notre pays a toujours été plus déclarative que pragmatique, la multiplication de communiqués incendiaires répondant au pouvoir qui, lui, fonde sa politique dans la communication tous azimuts. Monde postmoderne, dans lequel la réalité est évacuée, dans lequel le terrain est nullifié, dans lequel même les militants de partis politiques qui marchent le 20 mai, sont le plus souvent des badauds payés à l’heure ou au t-shirt et au pain-chargé, des faux militants donc, monnayés pour occuper la devanture des cameras de télévision, et fabriquer des unes de journaux auxquelles personnes ne croit.

Devant cette absence du référent en politique chez nous, le conflit anglophone a imposé la nécessité de donner substance à l’action, de redonner corps à la politique. Le calendrier strict des ghostowns est là pour dicter son rythme à toute parole politique, et il est leverage qui manque aux Francophones, eux qui le 21 octobre n’ont pas pu se mobiliser pour occuper Douala vide de vie. Absence de référent que l’exil des leaders de la cause anglophone au Nigeria, aux Etats-Unis, a imposé à ce qui sera devenu le mouvement non-violent le plus long et le plus épique de notre histoire. Et pourtant, un mouvement sérieux peut-il être dirigé uniquement par des mots d’ordre lancés à partir de l’extérieur ? Le retour dramatique d’Ernest Ouandié au Cameroun montre que l’UPC elle aussi avait dû se plier à la loi du terrain. Dans le conflit anglophone, c’est plus que tous, Nkongho Balla qui en a fait son cheval de bataille. Car si le conflit anglophone nous montre un terrain occupé par des vipers dont le feu marque la présence, s’il nous montre des images historiques de mères qui se dénudent pour dire la primauté de leurs droits citoyens, il montre aussi combien criard est l’appel du terrain devant ce leader présent aux côtés du peuple lors de sa bataille, et qui l’écoute comme chez nous même le président de la république ne l’a jamais fait. Le supplément d’âme que la loi du terrain donne au conflit anglophone est ce qui en fait la fenêtre du changement dans notre histoire. Ce ne sont pas les ‘sécessionnistes’ qui s’y opposent aux ‘fédéralistes’, mais la diaspora qui a devant elle le terrain libre. Et la loi du terrain a un nom, le pragmatisme.