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Opinions of Thursday, 16 May 2019

Columnist: Dieudonné Essomba

Crise anglophone: 'la solution est une révision générale de l’Etat'

Le Gouvernement doit absolument éviter une grave erreur que dessine sa démarche dans cette histoire de Sécession anglophone, du moins si on se reporte aux déclarations des responsables et les thèses des médias d’Etat.

En effet, le Dialogue proposé peut revêtir deux cas de figure :

1. Le premier consiste à aborder le problème anglophone comme celui d’une Communauté Nationale qui conteste le modèle actuel de l’Etat, sur la base des arguments historiques, et des frustrations particulières qu’elle subirait du fait de sa nature minoritaire. Dans ce cas, il s’agira de négocier un nouveau vivre-ensemble entre les Anglophones et les Francophones.

2. Le second consiste à présenter le problème anglophone comme l’une des manifestations d’une crise généralisée de l’Etat unitaire. Dès lors, la Sécession apparaît comme une dimension de cette crise, à côté d’autres dimensions que sont le tribalisme exacerbé entretenu par la compétition intercommunautaire sur les avantages publics, le développement d’une administration tentaculaire et corrompue, un système économique paralysé, et une vie politique violente.

Dans ce cas, la solution est une révision générale de l’Etat, à travers notamment une structuration qui permette :

- sur le plan vertical, un assainissement des rapports entre l’Etat et les segments ethnorégionaux qui transcende les problèmes posés par des pratiques ambivalentes comme l’équilibre régional, ou des notions polémiques comme autochtones, minorités, listes sociologiques, etc.

- sur le plan horizontal, une bonne régulation des relations intercommunautaires qui empêche que l’Etat ne soit l’objet d’une violente compétition, au point où les avantages publics (emplois, postes, infrastructures, rentes) deviennent des sources de tension permanente.
Quelles conséquences pour chaque cas ? Dans le premier cas de figure, le Gouvernement manifeste sa fidélité à ses vieux idéaux d’uniformisation de la nation camerounaise et par la même occasion, assimile les Anglophones à des brebis égarées qu’il faut ramener dans le droit chemin en leur concédant quelques avantages institutionnels ou économiques.

Cette logique apparaît le plus séduisante puisqu’elle conforte le Gouvernement dans sa certitude de ne jamais se tromper, du moins dans les fondamentaux de la Nation qu‘il prétend bâtir.

Au vu des discours officiels, c’est manifestement cette approche que le Gouvernement a adoptée.

Pourtant, aussi séduisante et rassurante apparaisse-t-elle, c’est l’approche la plus suicidaire. D’un côté, elle n’entrainera pas une déplétion de la sécession qu’elle risque plutôt de justifier et d’exciter davantage. Ce faisant, elle va aggraver la fracture Anglophones/Francophones, orientant immédiatement les solutions vers une Confédération de fait sous la pression des Sécessionnistes armés et de la Communauté Internationale.

Car, il ne faut se faire aucune illusion là-dessus : sans une adhésion massive et active de la majorité des populations anglophones, les Sécessionnistes ne désarmeront pas et nous ne pourrons jamais les désarmer, en dépit des rodomontades des va-t-en-guerre.

Ils nous contraindront tôt ou tard, si ce n’est à une séparation, du moins à rentrer à la Fédération de 1961 qui avait en fait les traits d’une Confédération de 2 Etats: ce sera le retour à la case-départ et la perte de tout ce qui a été entrepris depuis 1961.

Dans le second cas de figure, le Gouvernement reconnait que c’est le modèle de l’Etat sous sa forme unitaire actuelle qui est dépassé. Il a joué son rôle historique, mais il est devenu obsolète et il faut le remanier de fond en comble, de manière à fournir une réponse adaptée à tous les défis créés par ce mode de gestion.

De cette manière, le problème anglophone trouvera une solution satisfaisante, mais dans le cadre d’une restructuration générale de l’Etat et non comme des mesures ad hoc.

C’est cette démarche qui est bonne et porteuse d’avenir. De manière opératoire, elle consiste à mettre une sourdine sur des discours fallacieux qui assimilent abusivement l‘unité nationale à l’Etat unitaire ou la Fédération à la Sécession.

Bien plus, le Gouvernement gagnerait à accepter des débats qui comparent les deux modèles d’Etat, de manière à rassurer les Camerounais que la fédération n’est pas un épouvantail. Cela permettra de réduire la dangereuse polarité des débats sur les deux Communautés linguistiques pour l’élargir sur l’ensemble du Cameroun.

Car, quoiqu’on dise, nous y allons, et à moins d’accepter une Confédération ou même le départ des Anglophones, le Cameroun sera fédéral.
C’est imparable.