You are here: HomeWallOpinionsArticles2018 12 11Article 452460

Opinions of Tuesday, 11 December 2018

Columnist: Kand Owalski

Lettre ouverte à Chantal Biya pour son indifférence

Madame,
à l'heure où je vous adresse cette lettre je me vois déjà accroché sur les chaînes d'un destin que j'aurais proprement forcé : la prison. Car à ce qu'il paraît, vous n'êtes pas très tolérante vis-à-vis des vermines dans mon genre, ces gens qu'on ne voit pas, que la vie écrase au quotidien et qui n'ont pas la chance du destin que vous avez eu. Ah sacré destin! Dire que vous n'auriez même pas pu naître si l'ami intime de George Vigouroux, votre père et colon, ne l'avait pas aidé à se raviser en lui signifiant qu'il ne serait pas si mal de voir une petite indigène de 15ans, (c'était l'âge de Rosette votre mère) traînant avec elle un rejeton. Georges Vigouroux n'avait qu'une seule idée en tête, pousser Rosette à l'avortement. Pour lui, leur relation très éphémère était une simple mésaventure à mettre sur le compte des vicissitudes de la vie. Il n'était pas opportun que cette grossesse vienne gâcher son lien marital avec la mère de son premier fils, votre frère inconnu. Aussi n'avait-il pas tardé à abandonner maman Rosette à son pauvre sort, risée de tout un village qui voyait toute grossesse engendrée par des contacts avec un fantôme blanc comme une malédiction. Les insultes, les railleries de toute sorte avaient poussé votre pauvre maman à se débarrasser de vous (tel un mauvais fardeau) dès votre naissance. Vous n'avez connu que les seins de vos tantes et ceux de votre belle grand-mère, la femme de Papa Timothée votre grand père. Et vos jours non plus n'étaient pas heureux ; jeune fille traumatisée par les regards hostiles à sa peau légèrement dépigmentée par le métissage. Mais une mulâtre audacieuse et débordante d'énergie qui a su forcer le respect de son entourage par son sens du leadership, et du bras de fer !!

LIRE AUSSI: Sérail: comment Chantal Biya a livré Ngoh Ngoh à Paul Biya

Je ne vais pas insister sur le récit d'une vie que vous maîtrisez mieux que moi. Je vais quand même vous dire avec sincérité que j'ai toujours été contre tous ceux-là qui vous traitent avec mépris en évoquant souvent des dessous d'une vie de trottoir jamais désirée. Oui, vous n'avez jamais voulu d'une telle expérience. À 15ans lorsque vous avez rejoint votre maman à Yaoundé vous aviez juste envie de faire l'école. Mais ses difficultés financières, ajoutées au rejet social de sa personne et aussi de la vôtre l'auront conduite à vous y livrer pour avoir le pain quotidien. . .

Je n'en dirai pas plus. Votre parcours de la rue au palais est très fascinant mais je n'en dirai pas plus. Je ne puis cependant pas m'empêcher de penser que si George Vigouroux avait cédé à ses craintes vous ne seriez pas née. Vous seriez enfouie quelque part au milieu d'une forêt à l'Est de notre pays. Je n'en dirai pas plus, mais je ne peux m'empêcher de vous demander, lorsqu'on a eu un parcours comme le vôtre, vécu une vie comme la vôtre, comment peut-on rester indifférent face au quotidien naufragé des enfants et des femmes du Nord-ouest et du Sud-Ouest que la guerre a repoussés dans les forêts et les camps de réfugiés nigérians.
Mais quelle première dame êtes-vous donc? Comment arrivez-vous à être aussi indifférente de la situation du peuple d'en-bas? Vous qu'on n'a jamais entendue sur l'affaire Koumaté ; cette femme morte au pied d'un hôpital avec ses deux fœtus dans le ventre. Elle avait laissé une jeune fillette. Que croyez-vous qu'elle est devenue aujourd'hui ? Vous qu'on n'a jamais entendue sur l'affaire Vanessa Tchatchou, vous qu'on entend jamais sur rien!!!

Madame, des jeunes filles cachées dans les forêts fuyant le crépitement des balles vivent dans des conditions un peu trop misérable pour que votre silence soit tolérable !!! Invraisemblablement elles se servent d'herbes sèches pour fabriquer leurs serviettes hygiéniques ; elles accouchent leurs bébés à même le sol et ce n'est pas une figure. À l'âge de trois mois, c'est avec du macabo pilé et de la banane que ces bébés se nourrissent. Le peuple camerounais n'a que foutre de vos anniversaires à la con et de vos gâteaux géants. C'est une bêtise, mais absolument, de tout le temps présenter votre opulence à ceux que vous appauvrissez sans vergogne au quotidien le saviez-vous ? Et toutes ces photos de votre intimité que vous laissez paraître sur les réseaux sociaux sont toutes simplement oppressantes. C'est à croire que vous avez quelque chose qui s'oppose à la raison dans votre tête si bien faite et si bien pleine de ses greffes à la Marie Antoinette : elle c'était des cheveux.

LIRE AUSSI: Détournement de fonds: graves révélations de Prime Potomac

Vous savez, madame, celle que vous remplacez aujourd'hui, maman Irène Jeanne serait déjà allée rendre visite à ces personnes en détresse et leur apporter un sourire en leur promettant de mettre la pression sur son Mari afin que le problème soit résolu. On aurait bien aimé qu'elle soit là, maman Irène morte pour son dégoût de trop de pouvoir. Elle ne narguait pas le peuple, ne dépensait pas des millions de notre argent pour ses coiffures, ses vêtements, ses chaussures. Elle était religieuse et très aimable. Mais c'est sûrement parce qu'elle n'avait pas le sang d'un colon dans ses veines. George Vigouroux est partout dans vos caractères: la gabégie, l'insolence, la violence, le mépris, l'extraversion. Lui il n'entendait pas qu'on puisse tomber amoureux d'une negresse, vous vous avez repoussé un beau fils parce qu'il était bamileke. Ne dit-on pas vulgairement que le sang suit la veine ?

Votre indifférence n'est pas une marque d'affection.
Ayez un peu d'humanité madame, juste un peu d'humanité. Lorsque vous mangez vos gros gâteaux pensez à ces jeunes filles qui n'en ont pas. Allez dans les milliards que vous avez accumulés depuis ces années dans le pétrole et le gaz de ces deux régions et prennez-y un dixième pour offrir à ces gens juste un peu de sourire avant de continuer à boire leur sang !

Je vous adresse mon profond respect.