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Opinions of Saturday, 18 January 2020

Columnist: MICHELE GAELLE ABE

Meurtre d'enseignants: arrêtez de vous indigner, agissons !

Depuis hier j’assiste stupéfaite à la vague d’indignation suite à l’assassinat de l’enseignant de NKOLBISSON, je n’arrive pas à m’indigner je suis triste et en colère ! Triste pour ce jeune qui meurt à la fleur de l’âge, triste pour sa famille si durement éprouvée, triste pour ses élèves et le traumatisme que ça peut représenter, triste pour ce lycée et triste même pour son bourreau qui vient de mourir car oui son geste non seulement lui dresse une haie d’honneur dans la poubelle de l’histoire mais aussi le condamne à une fin sociale tragique.

Mais au-delà de ma tristesse, je suis en colère pour cet énième meurtre au sein d’un établissement scolaire, pendant même que j’écris ce texte j’apprends qu’un élève du lycée d’OBALA vient de perdre un doigt alors que son camarade essayait de le décapiter à la machette, je pense à BLERIOT TSANOU poignardé par ses anciens camarades dans l’enceinte de son l’établissement le lycée bilingue de DEIDO à Douala ou encore à MVOE DIPITA mort dit-on de sévices corporels au collège Frantz Fanon à NKODENGUI. En colère parce que pour une unième fois cette phrase complètement creuse dans mon pays le Cameroun a encore été prononcée : « une enquête a été ouverte ». J’ai subitement en mémoire l’enquête sur la catastrophe de NSAM, l’enquête sur le meurtre de l’évêque, l’enquête sur l’accident d’Edéa, l’enquête sur les circonstances de la mort de MONIQUE KOUMATEKEL.

Tellement d’évènements graves qui ont émaillé notre pays mais pour lesquels les enquêtes ont soit pas abouti, soit pas été prises en compte. Pourtant l’heure est gravissime. Plusieurs questions s’imposent au-delà de nos premières émotions. Plus grave encore plusieurs faits jusqu’ici non encore vérifiés ont été évoqués et interpellent : la création d’une unité de sécurisation des établissements primaires, secondaire et universitaire ; Est-ce vraiment la solution ? quel est le bilan de police campus ? quel problème veut-on résoudre exactement ? Qu’est ce qui s’est réellement passé ? Car au-delà de la consommation des stupéfiants je m’interroge sur le mobile de ce meurtre ? comment le couteau a fait pour entrer dans un établissement scolaire? comment la drogue fait-elle pour y entrer ? à quel moment la violence recrudescente s’est imposée à nos jeunes comme voie de recours pour manifester leur mécontentement ? notre système éducatif a-t-il-échoué à ce point ? quels sont les véritables rapports aujourd’hui entre élèves et enseignants ? quels sont les mécanismes existants de résolution de ce genre de conflits dans nos établissements ? les enseignants ne doivent-ils pas arrêter d’enseigner tant qu’un minimum de sécurité n’est pas assuré dans les établissements ? Mais au-delà de toutes ces questions comment nous assurons nous que cela n’arrivera plus ? comment rassurons-nous l’enseignant qu’il peut faire son travail en toute quiétude et le parent que son enfant ne deviendra pas à l’école un consommateur de Tramol, un criminel ou même un acteur de film pour adulte ?


Je suis enfin en colère parce que malgré toutes les fois où cette phrase « anti-douleur » nous a été servie nous continuons de l’avaler sans rechigner. A Quand la vraie indignation celle qui va au-delà du « rip » qu’on laisse sur Facebook ou de la photo du mort sur nos statuts whatsapp ? Quand est-ce que nous comprendrons que c’est à nous le peuple qu’appartient le pouvoir et que nous devons exiger des comptes à ceux qui nous gouvernent ? parviendrons-nous à un système éducatif arrimé à toutes les influences auxquelles nos enfants sont désormais exposés ? Aurons-nous dans les écoles les infirmeries capables de réagir efficacement et rapidement dans ce genre de cas ? pour qu’un enseignant parti de ses propres pieds à l’infirmerie ne décède pas quelques temps après, pour avoir perdu trop de sang. A quand des élèves qui connaissent les rudiments des premiers secours et peuvent réagir à temps ? allons-nous un jour avoir un système capable d’anticiper sur les violences de façon bien plus concrètes que des élèves soupçonnés de terrorisme (par sms) Envoyés en prison ?


En attendant qu’une véritable réflexion soit menée sur toutes ces questions je propose :
- des contrôles strictes et inopinés des effets scolaires des élèves
-une stratégie claire de lutte contre la vente et la consommation de la drogue dans les milieux scolaires avec Zéro pitié pour les détenteurs
- des contrôles strictes dans les bars, les supermarchés, les superettes de quartier, les box au bord de la route pour interdire la vente d’alcool aux mineurs avec en prime l’application de l’interdiction de la vente du whisky en sachet qui désormais a le courage de s’appeler « TOMBEAU ».
-l’application des résolutions des états généraux de l’éducation
- un mécanisme de gestion de conflit élève/ enseignants dans les établissements

Bonne année à vous ! Que 2020 marque le tournant de la fin des constats et des indignations factices mais le début de l’ère du « plus jamais ça » dans nos établissements, nos hôpitaux, dans notre pays. Qu’elle soit l’année d’un changement véritable et profond du kamerun d’ERNEST OUANDIE, celui que nous méritons tous !
MICHELE GAELLE ABE