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Opinions of Tuesday, 31 December 2019

Columnist: Kelly Yemdji

'Que celui qui ne croit pas en l'enfer fasse un tour au COMICA !'

Cela fait à peine deux mois que j’ai eu le plaisir de parcourir douloureusement les 115 pages noircies par l’excès d’amertume et la déception d’Audrey ABOULA, 1ère dauphine Miss Cameroun 2016.

Dans ce récit autobiographique intitulé Une dauphine dans un monde de requins, la jeune et ambitieuse ABOULA nous raconte avec détails, son « chemin de croix à la quête de la couronne Miss Cameroun ». De l’aigreur maladive de la présidente du comité aux provocations incessantes de ses concurrentes en passant par les harcèlements sexuels de quelques hommes membres du comité qui ont du mal à tenir fermées leurs braguettes, sans oublier la pression incessante, le lobbying et le détournement des primes, Audrey nous ouvre grandement son cœur. Admise aux élections Miss Cameroun grâce à sa couronne de 2ème dauphine Miss Ouest, son courage et sa détermination lui vaudront la couronne de 1ère dauphine jusqu’au 26 novembre 2016, date où elle déclare le divorce avec le COMICA qui lui en a fait voir de toutes les couleurs, pour mettre sur pied sa boite de mannequinat.

Sans dénier à la déesse Audrey Nabila MONKAM sacrée Miss Cameroun 2020 sa beauté son intelligence et sa capacité à mener à bien la mission à elle confiée, aujourd’hui encore l’histoire se répète si drôlement que j’ai l’impression de vivre le récit tragique d’ABOULA. La victime de cette 14ème édition s’appelle BABASSAGANA Désirée Bernadette, la Miss Nord 2020. Âgée de 23 ans, Désirée met tout le monde d’accord quant à sa divine beauté. Titulaire de deux BTS dont l’un en action commerciale et l’autre en merchandising et d’une licence en gestion des ressources humaines, la jeune camerounaise est le fruit d’un brassage de la culture du Nord et celle du Centre Cameroun. Ses atouts physiques et intellectuels, son bilinguisme, et son éloquence lui attireront beaucoup de sympathisants et feront d’elle la favorite de cette 14ème édition. Partie initialement avec le projet de sensibilisation pour le respect des droits de la femme, la déesse Désirée changera son fusil d’épaule en voyant sombrer la jeunesse camerounaise. Des statistiques alarmantes la feront opter pour un projet de sensibilisation d’une jeunesse encline à la consommation des stupéfiants tels que le cannabis, la cocaïne et le tramadol. Néanmoins, « la Miss du vivre-ensemble » n’oublie pas le mal-être des femmes et s’exprime en ces termes : « Participer à Miss Cameroun est l’occasion de pérenniser mes idéaux et de devenir une ambassadrice de la gent féminine » ; comme quoi elle a beaucoup d’amour à offrir et suffisamment d’énergie pour se battre sur plusieurs fronts.

C’est avec regret que BABASSAGANA nous annonce à seulement quelques heures du début de la finale Miss Cameroun, son absence à une élection où des milliers d’yeux n’attendent qu’elle. L’objet de son absence serait un état critique de santé dans lequel elle se trouverait depuis bientôt une semaine. Fait curieux mais pas nouveau pour tout camerounais qui connait son pays. Politique omniprésente, lobbying, menaces, manipulation, élections factices, … On sait tous la rengaine par cœur. J’imagine la peine de Désirée qui a dû travailler dur pour en arriver là, juste aux portes de ses rêves, sans pouvoir toucher le poignet. J’imagine davantage la déception de ceux des camerounais qui ont mis en elle leur espoir, pour sa beauté et son intelligence. Il faut avouer qu’elle était plutôt bien partie pour devenir Miss Univers. Malheureusement, il ne s’en est pas fallu de quelques heures pour que des posts la traitant de lesbienne se mettent à jaillir de la toile. C’est d’autant plus écœurant que ce soient des jeunes « stupides et manipulés » qui fassent courir sur elle une telle rumeur. Comme quoi il faudrait la briser elle après avoir brisé ses rêves.


Je parle aujourd’hui au nom de toutes les jeunes femmes braves qui travaillent d’arrache-pied pour réaliser leurs rêves mais que la société et le système broient dans la machine de la médiocrité, du lobbying, de la phallocratie et de la politique. Je parle pour toutes ces jeunes femmes qui continuent de porter chaque jour le fardeau de la féminité. Je parle pour une jeunesse sacrifiée qui peine à voir le bout du tunnel, pour que vive l’excellence, pour que vive le Cameroun.