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Opinions of Friday, 7 February 2020

Columnist: Michel Biem Tong

Régions anglophones: Paul Biya et son régime poussent leur dernier souffle

“Vox populi, vox déi”, disent les latins. La voix du peuple est vraiment une voix divine. Lorsqu’un peuple décide d’aller jusqu’au bout dans la lutte pour sa libération de 59 ans des chaînes de la Françafrique, rien ne peut vraiment l’arrêter. C’est le cas du peuple anglophone du Southern Cameroons (nord-ouest et sud-ouest de la République du Cameroun). Les localités et grandes métropoles de ce territoire transformé en régions anglophones de la République du Cameroun en 1972 sont depuis ce 6 février (et ce, jusqu’au 11 février prochain) en mode lockdown. Blocus total. Le mot d’ordre lancé par le gouvernement indépendantiste en exil a été suivi à la lettre. Malgré de légères poches de résistance, notamment à Buea.

Les menaces du gouverneur du Nord-Ouest anglophone, Adolphe Lele Lafrique, vis-à-vis de ceux qui observeront le mot d’ordre de lockdown n’auront donc été que du vent. Contrairement à ses déclarations au micro du confrère Augustin Guizana de la Cameroon radio and television (CRTV), station du nord-ouest, c’est le régime de Paul Biya qui est à bout de souffle dans le Southern Cameroons et non les indépendantistes anglophones. Ce mot d’ordre de lockdown respecté à 98% par le peuple anglophone du Southern Cameroons a le don non seulement de traduire le rejet par ce peuple du double scrutin législatif et municipal du 9 février prochain mais aussi de tomber le masque sur le mensonge et la propagande répandus ces derniers temps par le pouvoir de Yaoundé.

Pour ce régime, les populations anglophones étaient déjà en train de montrer leur lassitude vis-à-vis de la lutte, vis-à-vis des groupes d’auto-défense qui, se lon la propagande officielle, les terrorisaient à outrance. Le mot d’ordre de blocus observé par une importante majorité de ce peuple en ce moment est venu apporter la preuve que toutes les photos et autres vidéos que les agents du régime Biya ont fait circuler sur les réseaux sociaux ces dernières semaines n’étaient en réalité que’enfumage et manip’. A titre d’exemple, on a pu observer il y a 3 semaines une banderole déployée à Bamenda (capitale du nord-ouest), et sur laquelle on pouvait lire “Bamenda says no to lockdown”. Tout porte aujourd’hui à croire que cette banderole a été confectionnée dans les cabinets noirs du palais présidentiel d’Etoudi à Yaoundé car la ville de Bamenda observe le mot d’ordre de blocus total.

En cette période de campagne électorale en vue des élections législatives et municipales du 9 février prochain, on a vu des élites anglophones du RDPC(parti au pouvoir) parader dans de petites localités. Leurs shows ont été abondamment relayés par les agents de propagandes du régime Biya sur les réseaux sociaux pour prouver que les populations adhèrent à cette campagne électorale, sont prêtes à aller voter et ont tourné le dos à la “folie séparatiste”. Ce que ces agents de propagande refusaient de mentionner est que les différentes caravanes de ces élites anglophones en campagne était constituée de militaires et gendarmes en civil et subissent d’ailleurs des attaques des séparatistes armés une fois les vidéos ou les photos prises et publiées sur les réseaux sociaux. On a vu toujours sur les réseaux sociaux des images des populations du village Balikumbat manifester contre les groupes armés séparatistes le 3 janvier dernier. Avec le recul, on peut se rendre à l’évidence-et nous l’avons soutenu dans nos précédents écrits-qu’il s’agissait d’une histoire savamment orchestrée par le régime de Paul Biya pour donner l’impression que les populations locales anglophones sont en train de tourner le dos à la lutte d’indépendance.

Le mot d’ordre de lockdown observé par les populations du Southern Cameroons est un véritable uppercut sur la gueule des soutiens inconditionnels du régime de Yaoundé. A travers ce blocus total, les indépendantistes anglophones administrent la preuve qu’ils sont encore maître de la situation dans le Cameroun anglophone. Ce lockdown suivi par les populations démontre également que même la lutte armée n’est pas l’affaire d’une poignée d’individus mais davantage l’affaire de tout un peuple. C’est la raison pour laquelle il est risible que les stratèges militaires du pouvoir de Yaoundé se réjouissent d’avoir gagné la guerre en neutralisant 19 généraux séparatistes (ils ont en réalité été victimes de luttes internes au sein du mouvement indépendantiste et non de la puissance de feu de l'armée camerounaise) alors qu’il s’agit d’une cause populaire où nul n’est homme providentiel, irremplaçable. Paul Biya et ses sécurocrates doivent donc désormais se rendre compte qu’ils ont perdu le contrôle du Southern Cameroons. A moins de paraître des personnes qui dans cette zone se battent juste pour y exister et survivre.