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Opinions of Tuesday, 22 May 2018

Columnist: L'Essentiel No 161

Sérail: Paul Biya et la voiture de honte


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Ce fut une arrivée présidentielle triomphante, dimanche au Boulevard du 20-Mai. Paul Biya était debout, rayonnant à travers le toit ouvrant d’un interminable 4x4 flambant neuf : un Rang Rover «Sentinel» blindé à 7 portières, dont le premier modèle fut présenté au Salon Defence and Security Equipment International (DSEI) de septembre 2015 à Londres.

Mais la dernière lubie mégalomaniaque XXL du Prince coûte la peau des fesses au contribuable. Selon les magazines spécialisés en effet, le prix d’entrée de la version de base (5 portières et sans options) est de 400.000 € hors taxes, soit quelque 260 millions de FCfa. Et ceci n’est rien à côté des aménagements exigés, en rapport avec le prestige d’un client de l’ampleur d’un chef d’État.
Selon les estimations les plus sobres, cette version «Superluxe», présente au Salon de l’auto de Genève en février dernier, tutoie les 780 millions de FCfa.

Avec tous les frais relatifs aux missions des responsables de la présidence de la République, au transport et autres «imprévus», c’est un bon milliard qui a ainsi été englouti pour satisfaire l’ego du chef de l’État camerounais. Lequel, à la fin de la parade militaire et civile, est reparti au Palais de l’Unité à bord d’une Mercedes Maybac, elle aussi hors de prix.

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Cette acquisition présidentielle dispendieuse, note-on, était la principale attraction du défilé de la Fête nationale, aussi bien à Yaoundé que sur le reste du territoire. Elle intervient à l’heure où les grandes agglomérations du pays croulent sous les ordures, que l’eau et l’électricité sont des denrées rares, que la précarité est rampante. Que les Camerounais, à qui on a promis la plus belle fête du football africain en 2019, c’est-à-dire dans un an, continuent de s’écarquiller les yeux face à l’ampleur de la tâche et des improvisations.

L’opportunité d’une telle dépense est d’autant plus discutable que Paul Biya himself, dans sa circulaire du 20 juin 2017 relative à la préparation du budget de l’année en cours, instruisait à l’équipe gouvernementale «d’améliorer l’efficience dans la gestion des finances publiques, à travers notamment, la rationalisation des choix budgétaires en matière d’investissement public».

Le chef de l’État prescrivait ainsi l’amélioration substantielle de la qualité de la dépense publique et la transparence budgétaire, afin d’obtenir une meilleure adéquation entre les dépenses engagées et les services et prestations fournis, «la transparence dans la gestion publique devant être renforcée et un accent tout particulier (…) mis sur l’obligation de rendre compte». La politique budgétaire pour l’exercice 2018, selon Paul Biya, doit concilier l’obligation de résultats dans la mise en œuvre des politiques publiques, avec le strict respect de la discipline budgétaire.

S’agissant des dépenses, les choix budgétaires doivent continuer «d’être guidés par la recherche d’une plus grande efficacité socio-économique de la dépense et l’amélioration du service public, à travers une allocation et une gestion efficientes des fonds publics». Et, last but not the least : «Afin d’assurer une meilleure maîtrise des dépenses liées à l’acquisition des véhicules, une attention particulière sera accordée à la réduction des crédits destinés à l’acquisition de nouveaux véhicules et la rationalisation de leur affectation.»

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Voici donc un pays sous perfusion de la communauté financière internationale, sous plan d’ajustement depuis fin juin 2017 et auquel le Fonds monétaire international (FMI) commande, entre autres, «la réduction des risques budgétaires» et du «recours à l’endettement». Dans son dernier communiqué, en rapport avec sa mission du 27 avril au 14 mai 2018 au titre de l’article IV de ce mois de Mai2018 et de la deuxième revue du programme sous la facilité élargie de crédit (FEC), l’organisme de Bretton Woods met en garde contre «l’accumulation importante de créances contractées mais non encore décaissées», invitant «les autorités à accélérer leurs plans visant à éliminer cette accumulation, y compris en améliorant la préparation et la mise en œuvre des projets».

Voici un Cameroun pauvre et très endetté, en guerre contre l’obscurantisme islamiste dans l’Extrême-Nord et le séparatisme rampant en zones anglophones, dont le Chef invite l’équipe gouvernementale à des mesures d’austérité et de rigueur budgétaire, mais qui ne se refuse aucun plaisir futile.

Les esprits mal tournés pourront aussi faire remarquer que le parc automobile de la présidence de la République dispose déjà d’équipements parmi les plus rutilants au monde, destinés aux déplacements par route du chef de l’État. Mais ceux-là ne sont manifestement pas assez séduisants pour un Paul Biya ramant à contre-courant du discours de rigueur dans la gestion du bien public, qu’il entonne à longueur de laïus.

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