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Opinions of Saturday, 2 November 2019

Columnist: Fridolin NKE

Sérail: ces crapules qui rêvent d’un destin présidentiel autour de Biya

Une psychanalyse existentielle des intrigants cyniques. « Vous semez de la ciguë et prétendez voir murir des épis ! » Machiavel.
Paul Biya n’est pas un Créateur, du tout : c’est un miracle ! J’imagine votre confusion après avoir lu cette phrase intempestive.

Mais je vous rassure tout de suite : je ne parle pas de l’homme Biya ; j’évoque son double, le Biya républicain,celui dont les circonstances et les créatures malfaisantes ont contribué à faire disparaître de la circulation… C’est celui-là que l’homme politique, l’ « Homme-lion »,s’est en permanence attaché à économiser les interventions pour la préservation de son être troué et transpercé par les épreuves et aléas du pouvoir, par les assauts de la crapule.
Cet autre Biya, qui est un autre« lui », il l’a embaumé lui-même ;il s’est momifié pour se donner des chances de résister à l’irréversible usure que cause la fréquentation quotidienne des intrigants, dont les manœuvres rythment le temps politique de l’Afrique en miniature, le Cameroun.

Dans la présente réflexion, je vais d’abord présenter les intrigants, les crapuleux ambitieux et leurs accointances villageoises (I) ; ensuite j’exposerai les rapports entre les crapules « présidentiables » et le Président élu (II) ; par ailleurs j’indiquerai le défi politico-managérial de Biya aujourd’hui (III) ; enfin j’enverrai un télégramme à la crapule (IV).

I/ Les intrigants, les crapuleux ambitieux et leurs accointances villageoises

En politique, les intrigants sacrifient le bien public et l’intérêt général à leurs jouissances exclusives, à leur vanité inepte et à leurs intérêts singuliers ou ceux des membres de leurs castes ésotériques, de leurs partisans et frères de village triés sur le volet, en fonction des affinités électives basées sur leur égoïsme et de leur cynisme.Ils préfèrent les plaisirs de la campagne à la grandeur nationale.

C’est pourquoi tous veulent « devenir » Chefs de village. C’est que, en tant qu’homme politique, ils aspirent à la dignité imaginaire du curé de Fleury : un politicien vertueux et sans intrigue est une Providence pour le village, disait-il ! Ils associent par conséquent le grotesque au malheur des villageois et deviennent finalement des jouisseurs effroyables et des périls pour l’unité nationale. Une crapule, dans ces conditions, c’est quoi au juste ?

La crapule est l’ivresse du vide qui dérange les parvenus et qui les rend très méchants. La crapule, c’est donc essentiellement un individu pervers, malhonnête et vil. Dans notre contexte, c’est une créature du décret présidentiel caractérisée par unedureté remarquable du cœur et une absence notoire d’intelligence politique, en sommec’est la momification d’une écume de haine qui carbure au tribalisme. [Permettez-moi, je vous prie, d’expliquer cela aux Professeurs titulaires des universités et aux agrégés, qui peinent à comprendre que les récits livresques de l’école sont moins attestés que la vie ordinaire des citoyens et des peuples.

Pour y parvenir, il faut que je recours à un langage hermétique et maléfique identique à leur verbe criminel : La crapule est la consolidation du vide intérieur des parvenus ; c’est la densification des enflures de leur suffisance sans ressort qui est sans cesse crevée par les épines de la réalité têtue, à savoir, les yeux suprêmes (du Président) et le regard ordinaire des populations qui les épient en silence.

L’ambiguïté qui les tétanise alors alimente leur duplicité dans une singulière multiplicité cosmo-tribale faite de brimades, d’excès de pouvoir, de brigandage et de traîtrises inouïes. L’unité criminelle qui se constitue dès lors n’est pas seulement symbolique ; elle est fonctionnelle et téléologique, c’est-à-dire que ces incompétents se fuient en permanence pour mieux dissimuler au Grand camarade et frère leur sécheresse humaine et leur stérilité stratégique constitutives.

L’enjeu, ici, c’est de maquiller la crevaison originelle de leur ego controuvé par la délation et le mensonge permanent. L’identité ainsi fabriquée et revendiquée, au détriment de la vérité de ce qu’ils représentent – c’est-à-dire rien,– leur revient dès lors comme un boomerang. Les constituants d’une telle identité révèlent leur densité ontologique décrétée comme une exclusivité anthropo-métaphysique usurpée : c’est la masse homophonique de la supériorité-antériorité du membre du clan par rapport à toute autre confraternité].

II/ Les crapules présidentiables et le Président élu

Or, on ne s’en sort pas indemne lorsqu’on est entourés d’intrigants et de la crapule la plus infecte du village. L’élégance de leur tenue, leurs prévenances mal assurées et la finesse du verbe qu’ils manipulent avec doigté ne font pas un caractère trempé.

Cela, Biya l’a appris à ses dépens, depuis la trahison inaugurale, d’ordre philosophique, de ses premières années de règne (nous y reviendront bientôt), jusqu’à la nomination répétée des clercs sans substance du Sud (pour l’essentiel) qui écument les caisses de l’État et narguent le peuple sous le prétexte des liens biologiques avec le Grand Patron. Ces sujets expansifs, aux allures affables, trahissent leur trahison constitutive : ce sont des créatures politiques vides, vidées par leur haine de toutes les autres tribus du Cameroun, à l’exception d’eux-mêmes.

Un jour, à l’occasion des obsèques de sa mère, dans une église du Sud certainement construite grâce à des prébendes maudites, l’un de ces intrigants sans poids humain et politique avéré s’est évertué à démontrer que les « Bulu » ne sont pas des « Beti » ; que les premiers sont civilisés et les seconds, barbares. Je rappelle qu’il était en train d’enterrer sa mère, c’est-à-dire qu’il ne se souvenait plus de ce que « souffrir » et « pleurer » veulent dire… C’est que la crapule est incapable d’autocritique, de goût, de stratégie, de prospection. Elle excelle dans les livres qu’elle lit sans conviction pour épater son monde et faire ainsi fructifier l’imposture qui l’a maintenue jusque-là dans les couloirs du pouvoir. Ses affinités sont électives : une telle créature ne sait toucher le cœur qu’en le froissant.

Le meurtre tribal est son sport favori ; chaque cadavre du peuple le rempli de satiété ; sa consécration ultime au pouvoir suprême est l’horizon indépassable de sa vie ; le cynisme est sa religion véritable ; la malédiction est sa foi.Le malheur de Paul Biya est de s’être longtemps entourés des hommes si durs de cœur et de se voir obligé, lui aussi, de se durcir plus qu’eux pour persévérer dans son être. Qu’il soit encore au commandes du pays relève presque du miracle… Le miracle en politique, c’est le nom qu’on donne à l’intelligence que quelqu’un acquiert au sujet des hommes et des affaires publiques.

Au terme de sa dense vie politique, le défi de Biya, actuellement, c’est de s’exhumer à la stupéfaction générale ou de muer sur place, comme un reptile malfaisant. S’interdire de se ressourcer auprès des attachements tribaux fabriqués par le vice des courtisans sans épaisseur stratégique, sans assises politiques et dépourvus d’éthique républicaine, tel est le défi politico-managérial de Biya aujourd’hui.

III/ Le défi politico-managérial de Biya aujourd’hui

Les responsabilités suprêmesde Paul Biya lui commandent de vaincre son irrésolution et de revenir à lui, comme une monade qui s’est enrichie depuis un demi-siècle des toutes les aspérités ethniques et communautaires qui constituent sa nation, au détriment du diktat des appartenances claniques liberticides et anthropophages.

Le Président doit retrouver sa force de vouloir, en triomphant des terreurs qui interfèrent et affolent son intimité politico-managériale. Il a à se transfigurer, en retrouvant le moi authentique, l’homme de lointains qui avait séduit Ahidjo en son temps, qui avait inspiré de nombreux destins et donné un sourire ponctuel à des millions de Camerounais.

À l’heure actuelle, on ne demande plus à Paul Biya de nous sauver. C’est déjà trop tard ! Nous lui demander simplement d’aménager notre trépas, en obligeant ses collaborateurs à gouverner selon les normes républicaines, à se cramponner fidèlement aux prescriptions de la loi malgré le sourire et le regard hypnotisants d’une jolie femme brune ressortissant de leur village. Nous l’implorons de sommer ses créatures de ne plus sacrifier les « Etons », les « Bassas » et les autres à l’hôtel des plaisirs insatiables de leur sœur « bulu » du village ! Quant à la transition politique qui se joue actuellement, j’ai mon mot à dire là-dessus, fort de mon statut social.

Un expert du discernement est la lumière du peuple, le pédagogue des Princes, le précepteur de ceux qui se destinent aux fonctions suprêmes. De cette posture, je rappelle que l’ultime hantise d’un souverain, c’est de voir son pays tomber entre les mains des intrigants. Paul Biya n’échappe pas à cette règle. Il sait, d’expérience, que lorsqu’un homme se considère incontournable ou se comporte comme un repère essentiel de la vie de tous, il se remplit d’une assurance apocryphe qui n’incombe qu’aux intrigants imposteurs.

Fondamentalement, le pouvoir sied aux âmes trans-percées, aux personnalités transitionnelles. Le pouvoir ne convient pas aux âmes assurées du confort de leur substantialité massive. Ne peut diriger une nation multiethnique que celui qui a fait l’expérience de sa minorité et de sa contingence, c’est-à-dire celui qui se ressent comme une fuite constante vers autre chose que la densité momifiant de ses origines, vers d’autres ethnicités, vers d’autres collectivités, vers d’autres communautés.

IV/ Télégramme à la crapule…

Plus que jamais la crapule rampe, tout en feignant d’inspirer le Souverain et de diriger notre avenir commun. Mais je lui indique solennellement que son bonheur ne sera plus jamais facile. Aussi doit-elle se raviser tout de suite et trouver du renfort éthique en quelque prétexte honnête, par exemple, en méditant ces mots bouleversants de Madame de Rênal, l’épouse infidèle dépeinte par Flaubert dans Le rouge et le noir : « Comment tout ceci finira-t-il ?... Je m’égare… Enfin tu comprends ta conduite ; sois doux, poli, point méprisant avec ces grossiers personnages, je te le demande à genoux ; ils vont être les arbitres de notre sort » !

Et si la crapule s’entête à persévérer dans la bêtise, je lui rappelle que je brave tous les méchants. Nous autres n’écrivons plus par contrainte, encore moins par choix délibéré, mais par devoir et par plaisir. Nous sommes tenus par l’obligation morale de pourfendre l’horrible mépris des privilégiés sur les masses déshéritées ; nous sommes en extase lorsque nous réussissons à démasquer la crapule malgré son mimétisme fardé. Mon écriture ordonne jusqu’à l’effacement de leur présence maudite, leur intrusion par effraction dans l’histoire de mon pays : « Songez que j’ai votre secret ; tremblez, malheureuse ; il faut à cette heure marcher droit devant moi » !