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Opinions of Monday, 13 May 2019

Columnist: Essomba Abena

Sérail: voici pourquoi on en veut à Ferdinand Ngoh Ngoh

On connaissait l’hostilité d’une certaine presse pour le pouvoir de Yaoundé. On ne s’en émeut guère, en règle générale, même lorsque cette hostilité se manifeste par une lecture très partielle, voire partiale de l’actualité du Cameroun, ou par des jugements à l’emporte-pièce sur nos dirigeants et leur capacité à manager les défis, les crises, les fractures.

Après tout, au Cameroun la presse est libre… On peut considérer que la presse a le droit de porter un regard singulier sur les évolutions du pays, un regard nourri de ses propres préjugés et poncifs, tributaire d’une grille de lecture à contre-poil, qui préférera toujours décrire un Cameroun fantasmé plutôt que le Cameroun fantasmant. Le Cameroun réel, porteur d’espoirs, celui que nous vivons, celui que nous sommes. Ainsi, lorsqu’en ‘’une’’ des journaux publient depuis la diffusion du décret lui accordant délégation de signature permanente, que Ngoh Ngoh a pris le pouvoir, on ne peut que sortir de sa réserve. Car sous le prétexte, d’une sémiotique du retrait de la CAN 2019, du rajeunissement du gouvernement, de certaines arrestations de prévaricateurs de deniers publics, de la promotion comme Ministre d’Etat, d’un homme qui évolue sous la « coupole de son patron », nos confrères se targuent en réalité de démontrer une certaine impuissance du président élu devant la captation du pouvoir par son Secrétaire Général.

Une espèce d’usurpation de mandat par le collaborateur, qui est telle qu’il existe désormais un « système Ngoh Ngoh ». Ce qui n’est que pure chimère au regard de la réalité. Paul Biya tient fermement les rênes du pouvoir, n’en déplaise aux détracteurs du Cameroun. Il nomme, il révoque parce que c’est sa décision, et non parce qu’il est sous influence. Les publications rageuses veulent pour preuve de cette influence, que des personnalités qui auraient dû sortir du gouvernement ont été maintenues. « C’est ignorer la sociologie du pouvoir à la Camerounaise : Paul Biya, le maître des horloges, a une gestion très particulière du temps. Celui de la rétribution, comme celui de la correction. Avec lui, les ministres le savent, tout décodage au premier degré est risqué.

Le maintien n’est pas toujours un signal positif, ni le limogeage un désaveu définitif ». Les exemples abondent en 37 ans de pouvoir. Personne ne s’y trompera. Après avoir conspué la candidature de Paul Biya lors de l’élection présidentielle du 7 octobre dernier, après avoir ostensiblement dénigré, mais en vain, son âge, son bilan, son aptitude à incarner le futur, nos confrères tentent désormais de démontrer aux Camerounais qu’ils ont été trahis, parce que le détenteur du pouvoir n’est pas celui qu’ils ont élu. Cette manœuvre insidieuse pourrait également viser à faire douter l’armée camerounaise réputée républicaine et loyale, pour l’amener à faire irruption sur la scène politique afin de sauver un pouvoir « en perdition ».

En réalité, le but n’est pas ici de démentir le ramassis d’affirmations présentés comme des « faits », mais outrageusement grossis et déformés. Il faudrait alors une véritable contre-enquête, que nous n’avons pas le loisir de mener en un laps de temps si court. Le propos est de s’interroger sur les conclusions hâtives qu’ils en tirent. Si Ngoh Ngoh a pu, comme d’autres personnalités politiques, religieuses ou traditionnelles sollicitées par son patron, proposer l’un de ses proches à tel poste de responsabilité, ou obtenir le départ d’un autre, ce n’est pas la preuve absolue qu’il détienne les rênes du pouvoir. D’ailleurs la presse de la sinistrose ne fait pas mystère, de temps en temps, de la nomination à de hautes fonctions hors frontières, de personnes parrainées par des SGPR, sans jamais en déduire que le pouvoir soit, de ce fait même, dévolu à ce collaborateur. Pourquoi le Cameroun ferait-il exception?

Aux yeux de tout lecteur averti, le caractère malveillant de cette cabale transparaît donc clairement. Tout y est caricaturé à souhait, les rédacteurs ne craignant pas d’abuser de l’hyperbole. Par exemple, il est archi-faux d’affirmer que les correspondances du SGRP frappées de la mention « sous haute instructions du Chef de l’Etat » ne sont que ses instructions personnelles. De même, contrairement à ce qui est déclaré, le SGPR n’oblige pas les ministres à être ses copains. Ils sont membres du gouvernement, pas toujours de son fait. Comme ses homologues dans le monde, Ferdinand Ngoh Ngoh est dans son rôle, en enfourchant le cheval de la loyauté et de la fidélité, où son action répercute celle du Chef du l’Etat, sans se substituer à lui.

Partout en Afrique et dans le monde, les SGPR s’y consacrent sans être soupçonnés de vouloir faire main basse sur le pouvoir. Et si les instructions sont relayées par lui, cela est certes vrai, mais pas pour les raisons avancées ici, c’est-à-dire une démonstration de sa puissance. Hélas, ce n’est que l’application de la chaine hiérarchique de l’administration scalaire! On le voit, le but véritable de ces parutions est de montrer, même à l’aide de contre-vérités, que le Cameroun est une République bananière évoluant sous les caprices d’un SGPR à qui son patron ne peut rien refuser. Et non pas un Etat de droit dont le chef garantit les libertés publiques et les droits individuels. C’est caricatural ! S’il en était ainsi, les investisseurs ne se bousculeraient pas à nos portes.

Il y a une donne que les médias et les officines qui essaient de déstabiliser le Cameroun ne semblent pas se résoudre à prendre en compte. « Le Cameroun est un pays souverain, jaloux de son autonomie de pensée et d’action, et son président, un homme politique avisé, ombrageux, peu disert et froid, lucide sur ses objectifs politiques autant que sur les obstacles du parcours, clairvoyant sur ses alliés et sur ses opposants ».

L’âge n’y a rien changé. A aucun moment de son long magistère il n’a fait montre de faiblesse. D’ailleurs, aurait-il duré autant s’il n’était pas coriace ? Qu’on ne prenne donc pas le Cameroun pour ce qu’il n’est pas. Le Cameroun est loin d’un tel cas de figure. Le président Biya tient fermement les rênes du pouvoir et n’a pas besoin de le clamer sur les toits. Wole Soyinka, le Nobel de littérature écrivait : « Le tigre ne proclame pas sa tigritude. Il saute sur sa proie. Et la mange».