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Opinions of Sunday, 3 June 2018

Columnist: Jean-Pierre Bekolo

Sérail: des Camerounais se substituent à Paul Biya

Si le nombre de camerounais qu’on appelle “Presi”, “Excellence”, “DG”… grandit chaque jour ce n’est pas un hasard, chaque camerounais est président… à son niveau. Si un camerounais est à poste, peu importe sa fonction, son grade, son titre, considérez-le comme un président si vous voulez obtenir un service. Que ce soit dans le public, dans le privé, au village ou même au sein des associations, il n’y a rien à faire, vous avez à faire à un “presi!”.

Si alors par malheur, la personne à qui vous avez à faire a le fameux décret présidentiel, sachez que c’est à Paul Biya lui-même que vous parlez!

D’où nous vient-il que les camerounais sont tous des presidents? Est-ce le modèle de gestion qui consiste à faire des postes de l’administration des concessions octroyées à telle ethnie, tel département ou même à tel individu pour ce qu’il représente dans le système? Un modèle qui se fiche de la performance car “ce n’est pas pour ça qu’on l’a mis là” entend-on souvent.

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Chaque poste est un fauteuil et le fauteuil serait peut-être pour nous camerounais un symbole de la royauté. Ce n’est pas celui qui est assis qui doit servir, c’est celui qui est debout. Peut-être avons-nous à faire à une sémiologie africaine où le modèle colonial qui créé le poste a pensé au “service public” sans tenir compte du sens que nous africains allions donner à ce fauteuil.

Sauf que le phénomène des présidences ne touche pas que l’administration publique. Si le privé est tout aussi touché, c’est probablement parce que c’est un problème du camerounais lui-même. Le camerounais ne peut vivre que en étant président ou en aspirant à le devenir. Et c’est peut-être le secret de la longévité au pouvoir du président Paul Biya qui a réussi à faire de chaque camerounais un président à son niveau. Voilà pourquoi il ne vient en idée à aucun camerounais de vouloir “sa place”.

Le laisser faire et le laisser aller qu’on observe au Cameroun est quand même effarant pour quelqu’un qui visite ce pays. Un simple électricien est capable de couper le courant d’un ministère laissant l’édifice sans énergie pendant plusieurs jours sans que le ministre ne soit capable de remettre l’électricité! “C’est lui qui m’a amené ici?” , “On l’a nommé comme on m’a aussi nommé”, “Il est ministre pour lui là-bas, pas à mon niveau ici”… Bref c’est ça le Cameroun, le pays où tout le monde est président!

Peut-être que c’est tout simplement une affaire de courage; le camerounais est juste courageux, culotté, bluffeur; car il finit quand même, quand l’autorité se réveille, à être sanctionné. Et là, même déchu de son poste, il garde toujours le titre de “prési" en buvant les bières au quartier… en attendant qu’on lui confie un autre royaume à présider. Ainsi va la vie présidentielle au Kmer!
Qu’est-ce que ca donne un pays entier où tout le monde, de la caissière au directeur est président?

Ça donne un pays avec des millions d’egos à masser; encore faudrait-il qu’il reste quelqu’un pour leur faire des “atalakus”!

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C’est un pays où les egos en concurrence créent des tensions à tous les niveaux de la société, rendant le pays quasiment ingérable.

C’est un pays où toutes les ambitions convergent vers le poste de pouvoir, abandonnant les postes techniques et les savoir-faire; bref une société de chefs et donc une société d’incapacité généralisée faite des incapables.
Un pays d’”Excellences” est donc un pays qui compte sur les étrangers pour faire le job.

Enfin un pays où tout le monde est président est un pays où aucune unité ne sera possible… et donc un pays où tous les présidents devront tous s’entre-tuer pour qu’il n’en reste qu’un seul à la fin.