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Opinions of Tuesday, 3 December 2019

Columnist: Michel Biem Tong

Voici pourquoi les sécessionnistes ont attaqué l'aéronef de Camair-Co

D’après un communiqué de la compagnie aérienne Cameroon Airlines Corporation (Camair-Co) rendu public ce dimanche 1er décembre 2019 : « aux environs de 10h40, l’aéronef immatriculé TJ-QDB de type MA60, a essuyé des tirs d’arme à feu au moment de son approche pour l'atterrissage à l’aéroport de Bamenda à Bafut…Fort heureusement, aucune perte en vie humaine n’a été enregistrée et grâce à la bravoure du Commandant de bord, l’appareil a pu atterrir sans heurt en dépit de l'impact observé sur son fuselage…Suite à cet incident, l’aéronef a été immobilisé à l’effet de procéder, de concert avec les autorités techniques compétentes, à l’évaluation de l’impact... ».

L’attaque a été revendiquée par les Restorations Forces (forces indépendantistes anglophones) du Mezam Local Government Area sous le commandement de « General Trouble ». Au cours d’une émission spéciale diffusée ce dimanche 1er décembre sur ABC Amba TV, la chaîne de télévision du mouvement indépendantiste anglophone, le secrétaire à la communication dudit mouvement, Chris Anu, a expliqué que l’avion Camair-Co a essuyé cette attaque parce qu’il a l’habitude de transporter du matériel et du personnel militaire : « cette attaque est la preuve que nous avons la capacité de détruire tout aéronef qui survole le ciel de notre territoire sans notre consentement. Nous avons interdit notre espace aérien à tout avion civil comme militaire. Les avions de l’ONU sont autorisés à voler sur l’ « Ambazonie » mais il n’est pas question que Camair-Co continue à transporter des militaires camerounais sur notre territoire pour brûler nos villages, massacrer notre peuple, violer nos mères et sœurs, etc », a déclaré Chris Anu au cours de cette émission.

Contacté par nos soins, un responsable de Camair-Co dément cette information. Pour lui, l’avion attaqué n’avait pas à son bord des militaires et les aéronefs de Camair-Co n’ont pas l’habitude de transporter du personnel et du matériel militaire : « il y a une base militaire à l’aéroport de Bamenda et les avions militaires y vont tout le temps. Pourquoi l’armée fera transporter son matériel par une compagnie commerciale ? La Camair-Co a toujours été très soucieuse de ne pas compromettre sa sécurité. On se demande pourquoi les séparatistes n’ont pas ciblé un avion militaire alors qu’un appareil militaire avait décollé de cet aéroport le même jour », s’est défendu sous anonymat le haut cadre de Camair-Co.

Au cours de l’émission de ce dimanche sur ABC Amba TV, « General Trouble », le commandant du groupe armé séparatiste qui contrôle le département de la Mezam (dont Bamenda est le chef-lieu) a indiqué que pour des raisons de sécurité, les civils vivant à Bamenda et aux environs ne prennent plus le risque d’emprunter les avions Camair-Co. D’après le général séparatiste, la plupart des passagers de Camair-Co qui atterrissent à Bamenda, ce sont des militaires.
Ainsi, le flou persiste sur la nature des passagers ayant emprunté l’aéronef ciblé par des tirs nourris des séparatistes armés. Etaient-ils des civils ou des militaires ? Sur sa page Facebook, Grégoire Owona, le ministre du Travail et de la Sécurité Sociale et non moins secrétaire général adjoint du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti de Paul Biya, a posté, ce lundi 2 décembre : « Nous condamnons sans réserve cette attaque terroriste de l’avion Camair-Co à Bamenda et encourageons nos forces de défense ». Ce lien entre la condamnation de l’ « attaque terroriste » de l’avion Camair-Co et l’encouragement aux forces de défense laisse-t-il croire que l’avion attaqué transportait des militaires ?

Quoi qu’il en soit, dans les milieux indépendantistes anglophones, l’on est convaincu qu’il s’agit d’une opération de sabotage économique visant à punir la compagnie aérienne pour avoir facilité l’entrée dans le Cameroun anglophone des soldats camerounais, coupables, d’après eux, de génocide sur leur territoire.